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Denis Jullemier : « Nos entreprises se sentent un peu oubliées »

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Denis Jullemier : « Nos entreprises se sentent un peu oubliées »
@ MSM

Connu pour ses multiples activités et responsabilités (vice-président du conseil départemental de Seine-et-Marne, président d'Habitat 77 et dirigeant de l'entreprise Des Lis Chocolat), Denis Jullemier coiffe une autre casquette. Depuis 2016, il préside aux destinées de l'Association régionale des industries alimentaires (ARIA). Membre depuis 2007, il y achève une quatrième année à sa tête. L'occasion de faire le point avec lui sur les PME liées à la filière agro-alimentaire fortement impactées par l'instauration du couvre-feu et « peu aidées par le gouvernement ».

Pouvez-vous nous présenter l'ARIA Île-de-France ?

Elle est présente dans chaque territoire, ses adhérents sont des entreprises évoluant dans la filière agroalimentaire et elle travaille étroitement avec l'ANIA (Association nationale des industries agroalimentaires). Il y a environ 120 adhérents en Île-de-France et une dizaine en Seine-et-Marne.

Quelles sont ces entreprises ?

On peut citer les Moulins bourgeois, à Verdelot, une entreprise assez emblématique, les Assaisonnements briards, la Moutarde de Meaux-Pommery, la Ferme des terroirs, Gatinorge, Pré Forêt/Rouzaire, Cookie Créations à Chelles, Ice Tea Team Mille, le glacier de Mille et une glaces à Moret-sur-Loing, et Matatie, un nouvel adhérent, à Vaux-le-Pénil.

Comment avez-vous rejoint cette association ?

L'ARIA m'avait aidé à préparer la stratégie de développement à l'international de mon entreprise. Comme je suis très impliqué dans ce que je fais, on m'a dit que ce serait bien que je devienne président. C'était à une période où il fallait défendre nos intérêts auprès de la Région Île-de-France avec laquelle nous entretenons une relation vraie et forte. Vu ma proximité politique avec Valérie Pécresse (présidente de la Région Île-de-France), on a souhaité que je porte cette voix.

Quelles sont les missions de l'ARIA ?

Elle a un rôle de représentation de la filière auprès des pouvoirs publics et notamment du conseil régional d'Île-de-France, qui pilote « Produit en Île-de-France » (auparavant « Mangeons local »), la marque valorisant nos produits. J'ai d'ailleurs sollicité un rendez-vous prochainement avec le préfet de Région, ainsi qu'avec Alexandra Dublanche, la vice-présidente de la Région chargée du développement économique. Le but est de défendre nos intérêts en faisant un peu de lobbying. Nous avons aussi un rôle d'animateurs. On travaille, par exemple, sur la filière sucre et notamment sur le sucre bio qui est une vraie problématique en Île-de-France, car il n'en existe pas. Le sucre non bio, les entreprises peuvent en acheter localement à Nangis (sucrerie Lesaffre), mais pour le bio, il faut aller le chercher en Thaïlande. Est-ce vraiment écologiquement responsable ? C'est un vrai paradoxe sur lequel on travaille.

Comment se traduit votre soutien aux entreprises adhérentes ?

On les accompagne, par exemple, sur leur transformation digitale et la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) où il y a une forte attente. On organise aussi des ateliers « qualité », juridiques et sur l'export avec des représentants de la CCI, de Business France et de la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur). A l'issue de ces ateliers, on édite des recueils de bonnes pratiques. On organise aussi des « rencontres acheteurs ». Ce sera bientôt le cas avec les représentants de Super U et d'Intermarché comme on a pu déjà le faire avec Leclerc, dont l'un des entrepôts (Scadif) est à Savigny-le-Temple. Nos adhérents peuvent y présenter leurs produits et les acheteurs faire leur marché. Le but est de trouver de nouvelles sources de business.

Avec la crise sanitaire, est-il compliqué d'organiser ce genre de rendez-vous ?

Bien sûr, car on a besoin de ce lien physique. Les rencontres se font en visioconférence, mais comme le milieu de l'alimentaire est basé sur le produit et la dégustation, il faut envoyer des échantillons. Je devais participer au SIAL (Salon international de l'alimentation) à Villepinte à la fin du mois, mais il a été reporté à 2022. Fin janvier, j'avais aussi prévu d'aller à l'ISM de Cologne (Foire internationale des confiseries). Pour l'instant, il est maintenu. Enfin, le SIRHA (rendez-vous mondial de l'hôtellerie, de la restauration, des métiers de bouche et de la gastronomie), prévu en janvier à Lyon, a été reporté en mai et juin 2021.

Le 25 septembre, l'ARIA a lancé un appel conjoint avec la CPME Paris Île-de-France (Confédération des petites et moyennes entreprises). Quel était votre objectif ?

On a lancé cet appel suite au passage de la région Île-de-France en zone d'alerte renforcée. Il y avait cette inquiétude de passer en zone d'alerte maximale. On souhaitait sensibiliser les Parisiens à respecter les gestes barrières, afin de ne pas impacter l'activité économique, mais aussi alerter les pouvoirs publics pour qu'ils n'aggravent pas le bon fonctionnement de nos entreprises. On a voulu dire que s'il fallait aller plus loin, l'Etat devait continuer à accompagner nos entreprises en difficulté.

Avez-vous été entendu ?

Pas forcément malheureusement. Il faut savoir, et c'est l'une des caractéristiques de l'ARIA, que ses entreprises adhérentes sont de petite taille et fournissent le réseau du CHR (cafés, hôtels et restaurants). Sauf que les nouvelles aides annoncées récemment par le ministre de l'Economie n'ont pas concerné ces entreprises situées en amont. Le président de l'ANIA (Richard Girardot) a donc écrit à Bruno Le Maire en lui demandant de prendre en considération les fournisseurs de ce secteur appelé « food service ». Parmi nos adhérents, on a, par exemple, l'entreprise Kubli, à Morangis dans l'Essonne, qui est un fabricant de bonbons personnalisés d'accueil d'hôtels. Gilles Duault, son patron, nous disait qu'il était totalement impacté depuis mars, car rien n'a repris. On le voit avec l'hôtellerie et avec Disneyland. On a l'impression d'être passés à la trappe. C'est pour cette raison qu'on pousse pour que ces entreprises puissent bénéficier du même soutien, notamment pour le chômage partiel, l'accompagnement financier et les exonérations de charges. Nos entreprises se sentent un peu oubliées.

L'une de vos principales demandes concerne une meilleure prise en charge du chômage partiel. Qu'en est-il ?

Pour les CHR, le chômage partiel est totalement pris en compte. En revanche, pour nos entreprises, il y a un résidu de 17 % qui doit passer à 40 % à la fin du mois. C'est un vrai problème. Ce reste à charge demeure important et va l'être encore plus. On demande à bénéficier des mêmes exonérations et de la même indemnisation. Même chose pour les seuils de critères de pertes de chiffres d'affaire. On est toujours bloqués à 50 % de pertes de CA par rapport à l'année précédente. Mais à 50 %, l'entreprise est déjà au bord de l'agonie.

L'instauration du couvre-feu ne risque-t-elle pas d'être dramatique ?

Bien sûr. Je prends acte de cette mesure, mais je ne suis pas convaincu, car elle va considérablement impacter nos entreprises agroalimentaires et l'amont agricole qui en sont les fournisseurs. On a bien compris que le but était d'éviter l'engorgement dans les hôpitaux. On arrive à un pic et certains établissements hospitaliers sont en train de se demander s'ils ne vont pas devoir annuler certaines opérations chirurgicales. On estime que des solutions peuvent être mises en place pour essayer de ne pas arrêter complètement l'activité économique tout en répondant à une crise sanitaire forte. Ce n'est pas évident. Mais je le répète, il faut vraiment que nos entreprises bénéficient des mêmes aides que la filière CHR.

Comment vos adhérents de Seine-et-Marne vivent-ils cette situation ?

On est sur des entreprises de niche, plutôt premium en termes de qualité. La plupart d'entre elles vont bien, mais il y a aussi des dégâts et le Covid a tué définitivement des entreprises qui étaient peut-être déjà fragiles. Je pense notamment à Pari Dessert (fabricant de mousses au chocolat) à Courtomer. Mais notre territoire attire aussi de nouvelles entreprises et de jeunes start-up. A l'ARIA, on les accompagne et on les oriente notamment vers la communauté d'agglomération de Melun Val de Seine, qui fait partie de nos adhérents. Aucun autre territoire d'Île-de-France n'avait eu cette idée de mutualisation, afin de créer un écosystème. On a la chance d'avoir le plus grand territoire francilien avec une identité rurale et une culture agricole. On a donc cette vocation à accueillir ce genre d'entreprises, qui quittent l'Île-de-France pour des raisons économiques pour aller s'installer sur des territoires qui avaient déjà joué cette carte de l'agroalimentaire comme la Picardie, la Champagne ou le Loiret. On s'est donc dit qu'on avait quand même des atouts avec un grand bassin de consommation, la proximité de Disneyland et des aéroports pour favoriser l'export. A notre forum de l'alimentaire, qui a lieu une fois par an à Paris, Melun Val de Seine a ainsi un stand, qui prouve aux entreprises que notre territoire est prêt à les accueillir.

C'est le cas, par exemple, de l'entreprise Matatie à Vaux-le-Pénil…

Oui, ses dirigeants ont été formés à Agro Paristech, dans l'Essonne, qui est un de nos partenaires. Ce sont des jeunes hyper sympas qui ont créé un concept de boîte de biscuits sans gluten. On a également la Ferme des terroirs et Jiminy's (dégustation d'insectes) à Vaux-le-Pénil. Aujourd'hui, il y a une forte demande d'implantation, mais on n'a pas forcément les capacités d'accueil suffisantes. C'est tout le travail que nous sommes en train d'effectuer avec Melun Val de Seine. Avant la crise sanitaire, on était en créations d'emplois en Île-de-France, ce qui n'avait pas toujours été le cas dans le passé.

Comment imaginez-vous l'après-Covid-19 ?

Je suis d'une nature optimiste. On va finir par trouver un vaccin et tout le monde va reprendre des projets de développement. Malheureusement, de mauvaises habitudes seront vite reprises, mais une tendance de fond était déjà là avant l'épidémie : le local, ce n'était pas nouveau, tout comme les circuits courts ou les produits sans additifs. Nos clients sont de plus en plus soucieux du produit équitable et nos fournisseurs d'emballages, par exemple, en sont conscients. On y travaille tous. A Des Lis Chocolat, on a pris le parti de travailler avec un fabricant français de boîtes (Thibault Bergeron) situé dans le Morbihan et créée en 1890. Demain, on sait qu'il y aura moins de plastique, plus de produits recyclables et plus de ventes en ligne. On s'y prépare avec la réalisation, pour Noël, d'un beau catalogue dématérialisé qui sera consultable sur notre site web et sur nos réseaux sociaux. On travaille aussi sur la généralisation du paiement à distance. Chez les jeunes consommateurs, c'est devenu un réflexe. Le Covid aura été un accélérateur de ce phénomène.

Vous occupez plusieurs fonctions. Comment faites-vous pour concilier toutes ces activités ?

Ce qui m'a toujours animé, c'est agir et avoir la capacité à entraîner les gens vers le haut et à transformer les choses pour mieux les développer. Comme avec Habitat 77 ou dans mon engagement politique. D'ailleurs, je ne m'imagine pas faire de la politique sans cet ancrage au quotidien dans une entreprise. Tout cela demande une organisation. Il faut savoir aller à l'essentiel, savoir également déléguer et rendre autonomes les gens qui vous entourent. Je leur dis toujours ''Impliquez-vous dans différents domaines''. Quand on a des compétences et des capacités à faire bouger les choses, c'est dommage qu'elles ne puissent pas servir ailleurs.

Un Noël décisif pour son entreprise Des Lis Chocolat

« Les seules espèces qui survivent sont celles qui s'adaptent au changement. » Cette citation de Charles Darwin, Denis Jullemier s'évertue à l'appliquer au monde des affaires avec Des Lis Chocolat, l'entreprise qu'il a rachetée en 2006. Un business aujourd'hui fructueux avec 23 salariés, quatre boutiques (Melun, Nemours, Villiers-en-Bière et « La maison du sucre d'orge » à Moret-sur-Loing) et une unité de production à Nemours. Pour 2022, Denis Jullemier a un projet d'extension et de rénovation de son site de Nemours avec également la création d'un musée dédié au chocolat. En attendant, son entreprise est victime, comme beaucoup d'autres, du Covid-19. Même si les clients sont revenus à partir de juillet, les chiffres ne sont pas bons. « Au 30 juin, on avait perdu 200 000 euros de chiffre d'affaire et 450 000 euros rien qu'à Pâques, confirme le patron de Des Lis Chocolat. Pour la première fois, nous allons présenter un résultat négatif. Pour Noël, on reste ambitieux et enthousiastes, mais aussi très inquiets selon l'évolution de la situation. On espère surtout ne pas revivre ce qu'on a vécu à Pâques, ce serait vraiment dramatique. Pâques et Noël cumulés représentent près de 70 % de notre chiffre d'affaire. » Heureusement, l'entreprise a bénéficié d'un PGE (prêt garanti par l'Etat) qui a permis de surmonter l'épreuve, de payer les salaires et les fournisseurs. Son dirigeant souhaite aussi poursuivre le développement à l'international (Moyen-Orient, Asie, Amériques du nord et du sud avec un nouveau client au Chili). « On espère vraiment sortir de cette période et préparer la suite », conclut Denis Jullemier.




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