AccueilActualitéGrand témoinDaniel Weizmann et Jean-Marc Sereni : «Nous vivons une reprise très forte mais avec des tensions»

Daniel Weizmann et Jean-Marc Sereni : «Nous vivons une reprise très forte mais avec des tensions»

Présents à la REF (Rencontre des entrepreneurs de France) 2021, le rendez-vous économique de la rentrée organisé chaque année par le MEDEF, le président du MEDEF Seine-et-Marne, Jean-Marc Sereni, et le président du MEDEF Île-de-France, Daniel Weizmann, ont profité de l'occasion pour expliquer les liens qui unissent les deux structures qu'ils dirigent. Entre l'organisation régionale et les structures départementales, la fluidité des échanges est un atout précieux pour la défense des intérêts des dirigeants, surtout en période de crise. Cette bonne entente a contribué au maintien à flot des entreprises franciliennes et seine-et-marnaises, pour Jean-Marc Sereni, qui estime que les dépôts de bilan seront très peu nombreux dans le département. Si la reprise, déjà très forte, selon Daniel Weizmann, ouvre de belles perspectives, elle s'accompagne de certains défis à relever.
Daniel Weizmann et Jean-Marc Sereni : «Nous vivons une reprise très forte mais avec des tensions»

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Quelles sont les relations entre les MEDEF territoriaux tels que la Seine-et-Marne et le MEDEF régional Ile-de-France ?

Daniel Weizmann : Il y a trois strates au MEDEF. D'abord, l'échelle nationale, avec son président, Geoffroy Roux de Bézieux. Ensuite, on trouve les territoires, à l'opposé, qui sont de véritables chevilles ouvrières. Entre les deux se trouve l'échelon régional. Le MEDEF Île-de-France a plusieurs particularités. En premier lieu, il ne fait pas d'adhésion en direct. Par exemple, en tant que président de cette institution, je ne peux pas faire adhérer une entreprise. D'où notre complémentarité avec les territoires.

A contrario, les branches, les fédérations professionnelles, adhèrent au niveau régional. Par exemple, lorsque la banque, la métallurgie ou l'assurance adhèrent, elles se tournent vers le MEDEF régional. Je dois donc créer l'union entre les territoires et les branches. En réalité, dans les territoires, il existe déjà beaucoup de relations avec les branches, même si elles n'y sont pas toutes présentes. Au niveau régional, 40 fédérations sont adhérentes. On y trouve tout type d'organismes. Nous venons d'ailleurs d'accueillir une nouvelle structure issue de l'économie circulaire.

Notre deuxième spécificité, c'est que nous sommes les interlocuteurs de rang régional. Par exemple, Valérie Pécresse, la présidente de Région, apprécie de trouver une personne référente pour discuter de nos problématiques régionales. Nous avons aussi, comme les MEDEF départementaux à leur échelle, une relation très étroite avec la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS). Un autre exemple : Jean-Marc Sereni est en relation privilégiée avec la CCI Seine-et-Marne. De mon côté, je traite à l'échelon régional avec la CCI Paris Île-de-France.

La troisième fonction de la Région, c'est la gestion des mandats. En tant qu'organisation professionnelle nous sommes mandataires sur une séries d'organisations : les prud'hommes, l'Urssaf… Il existe 3 000 mandats au niveau francilien, toutes activités confondues. Concrètement, nous sommes chargés d'animer ces mandats, de les proposer aux branches ou aux départements. Il y a donc une capillarité totale entre les départements et la région. Je ne fais rien, à l'échelle régionale, qui soit parallèle à ce que font les départements. Mais c'est un appui supplémentaire, nous mettons en place des actions de mutualisation (la revue CAP‘IDF par exemple).

Je siège par ailleurs au conseil exécutif national et j'ai un rôle de relai très important vis-à-vis des territoires en termes de remontée d'informations.

Jean-Marc Sereni : Après six années passées en tant que président du MEDEF Seine-et-Marne, je peux dire que le MEDEF Île-de-France est une structure vitale. Surtout dans une région très particulière comme la nôtre, avec de très fortes personnalités, de fortes économies territoriales. Le fait d'être uni et dans une interaction permanente, de partager des informations dans un sens comme dans l'autre, est un atout précieux. Cette confiance mutuelle nous donne un vrai confort et une vraie sécurité par rapport à la représentativité de nos adhérents. C'est une capacité de défense importante.

Daniel Weizmann : cette pandémie a été un révélateur, ne serait-ce que s'agissant de notre relation, qui était déjà bonne. Au conseil d'administration du MEDEF Île-de-France, nous avons le représentant des banques. Au moment de la mise en place des PGE, la relation entre les territoires et les fédérations (y compris celle de la banque) a été très puissante. Nous l'avons vu notamment lorsque des adhérents ont rencontré des problèmes. Ce réseautage a favorisé la relation durant la pandémie et a permis de resserrer les liens entre les acteurs concernés, qu'il s'agisse des branches, des territoires, ou encore des institutionnels. Nous avons fortement perçu l'intérêt de ce fonctionnement durant cette période.

Jean-Marc Sereni : nous ne pouvons plus rien faire sans la Région, c'est une vraie réponse par rapport à la situation. C'est un lien direct vers le national.

Daniel Weizmann : Oui, parce que le national a une stratégie nationale, mais qui se nourrit de la base. La base, ce sont les territoires. Il y a eu, sur certains projets, des conflits, parce que la base n'était pas d'accord avec le national. Mais le rôle du national, c'est d'écouter la base. Parce que ce qui fait vivre notre organisation, ce sont les adhérents. Le MEDEF, c'est 175 000 adhérents en France, et tout ce que nous faisons est tourné vers eux.

Comment se présente la rentrée pour vos entreprises ?

Jean-Marc Sereni : si l'on regarde l'économie telle qu'elle se présente, si l'on prend en compte les retours des adhérents, on peut dire qu'il n'y a pas de catastrophe. Nous avons fait un travail extraordinaire sur la question des aides, nous avons eu d'excellents retours. Il y aura très peu de dépôts de bilan et je pense que c'est en partie lié à notre action. Il n'y a pas un écroulement de l'économie, au contraire, à l'exception de certains secteurs, qui ont beaucoup souffert et vont continuer de souffrir.

Daniel Weizmann : l'économie française s'en est extrêmement bien sortie, mais il ne faut pas être dupe, c'est aussi grâce au soutien de l'Etat, qui a été extraordinaire. Tous les pays ont eu cette attitude, mais la France s'est démarquée. Par expérience, je peux vous dire que le chômage partiel français n'a été égalé dans aucun pays.

L'impact a été positif sur la santé financière des entreprises. Mais le problème du chômage, qui est structurel en France, n'est pas réglé. Dans certains pays, la crise a fait baisser le nombre de demandeurs d'emploi.

Effectivement, nous avons passé la crise sans trop d'encombres, si l'on omet certains secteurs. Mais aussi et surtout, nous sommes en train de vivre une très forte reprise, on le voit notamment avec les tensions sur les matières premières. C'est un signe qui montre que, globalement, l'activité redémarre. En outre, l'environnement a changé, avec le télétravail. Un certain nombre d'éléments a modifié la réalité de nos adhérents au quotidien. Mais dans l'ensemble, l'économie s'en est très bien sortie.

Le recrutement est l'une de vos principales problématiques en cette rentrée ?

Jean-Marc Sereni : deux aspects continuent de poser des problèmes : nous avons de grosses difficultés à nous procurer les matières premières et notamment certaines sociétés qui vivent un rattrapage. Ces tensions touchent même les palettes ! Il y a une tension économique extrêmement dangereuse.

Concernant la question du recrutement, soyons clair : nous avons plus d'offres d'emplois que de personnes disponibles sur le marché. C'est la problématique du taux d'employabilité : en France, il est de 65 %, contre 75 % en Allemagne, par exemple. Ce n'est pas l'offre d'emplois qui est en cause, mais la concordance des deux volontés qui doivent se rencontrer.

Daniel Weizmann : A ce titre, la loi relative aux nouvelles règles de l'assurance chômage devrait entrer en vigueur début octobre. Avec cette réforme, l'objectif est d'inciter les personnes sans emploi à travailler, notamment grâce à l'augmentation de la durée d'affiliation nécessaire pour ouvrir ou recharger un droit (elle passera de 4 à 6 mois). Cette loi est capitale pour l'économie française. Au MEDEF, nous pensons qu'elle aura un effet booster sur l'emploi : les chômeurs seront incités à retrouver un emploi plus rapidement, à combler les offres d'emplois non pourvues. Elles se comptent en centaines de milliers…

Jean-Marc Sereni : il faut que les règles en la matière soient adaptées à la conjoncture. La couverture des salariés doit être plus importante en période de crise, mais aujourd'hui les règles sont à contre-courant. On peut considérer, dans la période actuelle, qu'il faut environ six mois pour retrouver du travail. C'est un luxe extraordinaire. D'autant que les entreprises sont prêtes à engager tout en formant le salarié, si besoin. En Seine-et-Marne, nous avons d'ailleurs quatre entreprises qui ont créé leur propre école interne pour leurs besoins en recrutement.

La question de la formation est donc centrale ?

Daniel Weizmann : oui, l'une des difficultés les plus importantes aujourd'hui, c'est de faire se rencontrer l'offre et la demande. La problématique de la qualification est primordiale. Certains métiers sont en tension et ne rencontrent pas l'offre adéquate. Cette question est cruciale si nous voulons arrêter de créer des générations de chômeurs. Valérie Pécresse, la présidente de Région, a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme sur les sujets de l'éducation et de la formation lors de sa venue à la REF.

Sur la question du salariat plus largement, il faudrait que l'Etat légifère en matière de télétravail. Quel est la latitude du chef d'entreprise sur le retour au travail ou non des salariés ? Nous avons besoin de clarifications, surtout avec la mise en place du pass sanitaire et la montée en puissance de la vaccination.

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