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Damien Marc, CEO de JPB Système : « Il va falloir se retrousser les manches »

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Damien Marc, CEO de JPB Système : « Il va falloir se retrousser les manches »
© DR

« J'ai pris la décision d'accélérer alors que le monde était sur pause ». La PME JPB Système, basée à Montereau-sur-le-Jard (près de l'aérodrome de Paris- Villaroche), spécialisée dans la commercialisation du bouchon endoscope auto-freinant, fait partie de la chaîne des sous-traitants du secteur de l'aéronautique, qui a durement été touché par la crise sanitaire. Si l'entreprise a traversé un trou d'air durant quelques semaines, Damien Marc, son président, n'a pas pour autant décidé de freiner son développement. En témoigne, notamment, la commercialisation à venir de KeyProd, un système de suivi de la production en temps réel et de collecte de données. Pour le dirigeant de JPB Système, il est désormais temps, pour les entreprises, de saisir les opportunités qui se présentent et d'accélérer. Un groupe d'entraide, dédié aux dirigeants seine-et-marnais du secteur industriel, a justement été créé dans cette optique par le dirigeant.

Comment JPB Système a passé la période du confinement ?

Cela s'est plutôt bien passé, dans la mesure où nous n'avons jamais fermé l'entreprise. Nous avons immédiatement pris la décision de continuer à produire, tout en mettant place les aménagements adéquats. Tous les collaborateurs qui pouvaient travailler à distance l'ont fait dès le premier jour du confinement. Ce processus s'est mis en place très vite, grâce aux outils que nous avions déjà installés et à notre fort niveau de digitalisation. Les collaborateurs n'ont pratiquement pas fait la différence entre avant et après, d'autant que nous pratiquions déjà le télétravail, mais pas à cette échelle.

Pour les métiers de la production, l'ensemble de l'activité est restée fonctionnelle. Nous avons réparti les effectifs en deux équipes pour éviter les regroupements en trop grand nombre. Dès la première semaine, nous avons mis à jour le document unique, mis en place la distanciation sociale, la signalétique, etc. Nous avons réussi cela grâce aux collaborateurs qui se sont montrés très efficaces. J'ai aussi beaucoup échangé avec mes pairs de la French Fab (la marque-étendard de l'industrie française, NDLR) sur un groupe de discussion par messagerie instantanée.

Cet outil avait été créé en octobre dernier pour réunir tous les ambassadeurs du label. Il a vraiment trouvé toute sa place à ce moment-là. Nous avons échangé au jour le jour pour discuter de l'ouverture des entreprises, de nos craintes, de nos difficultés, et des informations égrenées au fil des jours. Cet aide a été très utile afin notamment, de ne pas se sentir seul. Nous avons aidé quelques entreprises à rouvrir plus vite en partageant des documents uniques que nous avions faits, par exemple. Il y a eu une bonne entraide de manière générale.

Comment la demande a-t-elle évolué ?

Concernant nos clients du secteur de l'aéronautique, nous avons vu la vague passer d'Est en Ouest. Nous avons d'abord vu nos clients de l'Est fermer, pendant que ceux de l'Ouest nous disaient “surtout, ne fermez pas parce que nous avons besoin de vous“. C'est ce que nous avons fait et ce que nous avons vécu a été assez formateur, mais aussi angoissant lors des premières semaines. En tant que chef d'entreprise, on se demande si on a fait les bons choix et si l'on ne met pas les salariés en danger.

Nous n'avions pas de masques au départ, mais nous avons fini par en trouver, ainsi que du gel. Nous avons par ailleurs eu des soupçons de cas positifs (des conjoints de collaborateurs avaient été testés positifs). J'ai dû prendre la parole et de manière assez régulière pour expliquer la situation aux collaborateurs, leur donner un cap et leur dire où nous en étions à tel ou tel moment. Il faut savoir qu'à ce stade, nous savions que l'aéronautique était impactée, mais nos clients ne nous disaient rien. En mars/avril nos clients nous disaient même “livrez au maximum, au cas où il y aurait une rupture de chaine“. Donc nous avons fait un très gros mois de mars. Nous savions qu'il y allait avoir une baisse de marché.

Vous disiez n'avoir pas eu recours au dispositif du chômage partiel à cette période …

Oui nous avons travaillé à plein tout le long du confinement. Finalement nous avons eu les chiffres des clients sur la toute fin du confinement et nous avons vu qu'il y aurait un atterrissage entre moins 30 % et moins 40 % d'activité en fin d'année. Mais entre le deux, c'est un peu la traversée du désert, parce qu'il y a tout un mécanisme de déstockage des encours de nos clients. Nous traversons une diminution du business de l'ordre 70 %. Nous savions que cela devrait arriver. Cela devrait durer jusqu'à la fin août.

Ensuite nous nous dirigerons vers une reprise sur un cycle établi à moins 40 %. Nous avons, nous aussi, des produits à écouler ; ce qui nous a obligés à fermer la production en mai. Nous l'avons rouverte en juin, à raison de trois jours par semaine et avec une seule équipe en activité au lieu de deux. Je rappelle que nous nous préparions à faire + 30 % l'année prochaine. Quand la tendance s'inverse, il faut donc écouler d'abord tout ce qui était dans les tuyaux avant que le flux redevienne régulier.

Vous avez reçu, début juin, les sénateurs de Seine-et-Marne…

Oui, je leur ai fait, à peu de choses près, ce récit. Ce qui a été vraiment intéressant dans cette crise, c'est le coté psychologique et la façon dont nous avons appréhendé les événements. Toutes les semaines, l'état d'esprit changeait, parce que les informations tombaient au fil de l'eau.

Pour autant, j'ai fait un choix assez marqué : ne pas arrêter, ne pas ralentir, ne pas abandonner les projets d'innovation que nous avions lancés, qui ont plus que jamais leur place, à l'instar de KeyProd. Il faut accélérer cela au maximum. C'est pour cela que nous avons même recruté durant le confinement. Nous avons notamment embauché un nouveau directeur de l'innovation et plusieurs développeurs informatiques. Il va falloir que cela devienne des sources de diversification de revenus pour JPB Système. Nous avons vraiment une entreprise à deux vitesses actuellement, avec des salariés qui sont surchargés de travail et, à côté, un atelier qui ne fait pas un bruit.

Pourriez-vous revenir justement sur le projet KeyProd ?

Le concept, dans sa finalité, nous l'avons dévoilé au mois de juin. Il s'agit, au départ, d'outils que nous avons construits en interne pour JPB Système. Ce sont des boitiers disposés sur les machines, qui, par l'étude automatique des vibrations et du son générés, permettent d'afficher en temps réel sur ordinateur, tablette ou smartphone leurs données de fonctionnement. Nous pouvons savoir si les machines sont allumées, combien de pièces elles ont fabriqué tel jour, ou encore quel est leur taux d'efficacité. Nous pouvons donc piloter en temps réel l'atelier. La décision d'en faire un produit commercialisable est apparue en juin. Depuis, nous travaillons d'arrache-pied pour poursuivre le développement d'un produit que nous sommes en train de déployer chez des fournisseurs français. Nous équipons des bêtas-testeurs jusqu'à la fin de l'année dans l'optique de le lancer premier trimestre de l'année prochaine.

Vous pouvez piloter votre propre usine depuis n'importe où ?

Oui, une fois connecté sur l'application smartphone, je peux voir en temps réel mon usine située en Pologne et savoir quelle machine est en production, etc. Nous avons mis en place cela depuis quelques années et cela a donné d'excellents résultats. Nous sommes devenus beaucoup plus efficaces dans l'usinage (nous avons gagné 20- 25 % d'efficacité). Au départ, nous avions créé un système complexe, en câblant chacune de nos machines. Avec Keyprod, tout le pari était donc d'obtenir le même résultat, mais sans avoir à passer un seul câble. C'est de là qu'est né ce boitier. Il va permettre un déploiement viral de la solution : les clients vont pouvoir les installer eux-mêmes sur leurs propres machines. C'est une voie de diversification sur laquelle nous comptons beaucoup. Il reste encore un long chemin de développement et d'optimisation de l'algorithme, c'est pour cela que nous mettons toutes nos forces. La solution fonctionne, mais nous pensons qu'elle peut être encore plus pertinente, plus fiable. En fonction des retours des bêtas-testeurs nous mettons à jour et nous améliorons sans cesse le produit. Nous aurons une solution vraiment prête à être vendue et qui sera conforme aux attentes de l'industrie.

C'est un atout non négligeable dans la période...

Oui, cela nous a beaucoup aidé. Le chef d'atelier pouvait contrôler tout ce qui se passait dans l'usine sans y être. Il a pu travailler depuis chez lui certains jours, tout en pilotant l'ensemble de l'atelier.

… Surtout avec les risques de reprise du virus ?

Oui, et il y a une vraie volonté de gagner en souveraineté en France. L'industrie a toute sa place aujourd'hui finalement, et l'on voit qu'il est important de pouvoir fabriquer ses masques, ses appareils, son matériel. Il y a vraiment eu une prise de conscience politique. Si nous voulons que l'industrie revienne en France, les entreprises doivent gagner en compétitivité. Pour cela, elles doivent se digitaliser, se robotiser. KeyProd est l'une des briques de cette compétitivité. L'idée, c'est de dire “prenons déjà les machines que vous avez, et optimisons leur temps de fonctionnement“. Gagner 15 % ou 20 % sur le taux de fonctionnement d'une machine, c'est vraiment énorme. Nous nous sommes aussi renforcés dans la partie robotique. JPB Système va pouvoir ouvrir des diagnostics aux industriels qui souhaiteraient connaître leur capacité à aller vers l'usine du futur. Nous nous sommes dotés de ressources humaines en interne pour faire du consulting sur ces points, voire également intégrer de premières cellules- robots chez certains clients. C'est une diversification que nous préparons aussi. C'est une voie d'avenir, qui devrait, de plus, être soutenue par les plans de relance annoncés par le Gouvernement.

Comment avez-vous réagi à ces annonces ?

Plutôt bien, parce que je pense qu'il y a un réel effort à faire. Mais il est encore difficile de savoir si ces montants vont ruisseler efficacement vers les PME sous-traitantes. C'est notre crainte. JPB Système ayant un bureau d'étude, nous allons pouvoir prendre certains wagons du train (le plan de soutien du Gouvernement, d'un montant total de 15 milliards d'euros, flèche une partie des montants vers la R&D, NDLR).

Mais pour une PME qui n'aurait pas une culture de R&D, il est moins évident qu'elle puisse tirer des bénéfices de ce plan de relance, en l'état actuel, en tous cas. Je pense, quoi qu'il en soit, que les grands donneurs d'ordre sont très sensibles à faire en sorte que ces plans soient inclusifs et qu'une partie non négligeable de ces aides puisse profiter aux PME.

Vous avez également reçu un centre d'usinage début mai ?

C'est un investissement qui était prévu pour un marché en forte croissance. Nous avons maintenu l'investissement parce que nous savions que nous aurions besoin de ce deuxième centre très rapidement. Cette machine nous permettra d'être très compétitifs, parce qu'elle est robotisée et va pouvoir tourner 7j/7, avec une présence d'opérateurs relativement limitée.

Vous maintenez les emplois, les investissements, et la R&D à 100 % malgré la crise ?

A plus que 100 % même, puisque nous recrutons. C'est un risque que nous prenons, je l'ai dit dès le départ. J'ai pris la décision d'accélérer alors que le monde était sur pause. Bien sûr, je remercie tous nos partenaires bancaires, qui, lors de cette phase, ont très vite su mettre en place des plans de financement en face de nos besoins.

Auriez-vous un message à faire passer aux entrepreneurs seine-et-marnais ?

Il va falloir se retrousser les manches. Il y a une carte à jouer. Nous avons tous été impactés dans le monde au même niveau, ce qui est incroyable. En France, nous avons eu un support exceptionnel du Gouvernement, à travers les mesures du chômage partiel. Très peu d'états ont mis autant de moyens sur la table. Maintenant, il est temps d'avancer, de se dire qu'il y a une opportunité de ressortir gagnant si l'on y croit. Il faut s'entraider se parler, se diversifier.

Durant le confinement, j'ai pris l'initiative, avec Loïc Gauthier, président d'EOZ, de créer un groupe de discussion identique à celui que j'évoquais en début d'interview concernant la French Fab. J'ai travaillé avec Seine-et-Marne Attractivité afin de réunir les contacts qui pourraient être intéressés. Nous avons aujourd'hui une soixantaine d'industriels qui partagent leurs bonnes pratiques, leurs informations, etc. Il y a déjà eu de l'entraide : j'ai prêté l'un de mes salariés à un industriel de Seine-et-Marne qui avait un surplus d'activité. Nous invitons tous les industriels qui voudraient partager cet état d'esprit d'entraide à rejoindre ce groupe.

J'espère que bientôt nous y verrons des idées sur la façon dont il est possible de se diversifier. Ce serait un très bon signal. Sur le groupe de la French Fab, avant la crise, nous ne nous connaissions pas. Nous sommes aujourd'hui soudés par ce qui s'est passé. Il y a une sorte d'entraide générale et je pense que c'est comme cela que nous arriverons à repartir. Le positif est contagieux quand le collectif identifie une direction qu'il est possible de suivre. Il peut être compliqué de garder le moral lorsque l'on se rend dans une usine qui ne tourne pas. Savoir que l'on n'est pas tout seul, avoir la possibilité de partager, de poser une question, d'avancer progressivement, peut suffire à redonner le moral, pour reprendre le téléphone, aller chercher des clients, innover…

Pour rejoindre le réseau, contacter : info@jpb-systeme.com.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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