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Crise énergétique : le SOS des élus locaux

Le 60e congrès des maires et présidents d’intercommunalités de Seine-et-Marne, organisé à Dammarie-les-Lys, a été l’occasion pour les élus locaux de tirer la sonnette d’alarme face à la flambée du prix de l’énergie liée à la guerre en Ukraine.
Hausse des prix de l'énergie, les élus locaux tirent la sonnette d'alarme.
© Adobe Stock - Hausse des prix de l'énergie, les élus locaux tirent la sonnette d'alarme.

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Vont-ils passer l’hiver ? C’est la question que se sont sans doute posés certains visiteurs en quittant, le 30 septembre dernier, l’espace PierreBachelet de Dammarie-les-Lys, où s’est déroulé le 60e congrès del’association des maires et des présidents des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de Seine-et-Marne. Cette interrogation angoissante, tous les élus locaux, présents et confrontés à l’actuelle crise énergétique, l’avaient sûrement aussi en tête. Invités d’honneur de ce congrès, Gérard Larcher (président LR du Sénat), Franck Riester (ministre chargé des Relations avec le Parlement et ex-député-maire de Coulommiers) et Valérie Pécresse (présidente LR de la Région Île-de-France) ont tenté de leur apporter leur soutien. Mais c’est un sentiment d’inquiétude et de colère qui a imprégné les débats et les discours de cette “réunion de famille“ annuelle.

Des factures qui s’envolent

« La hausse du prix de l’énergie est une catastrophe pour nos budgets. L’urgence, c’est de payer nos factures !» Présent également à Dammarie, David Lisnard, maire (LR) de Cannes et président de l’association des maires de France (AMF), a planté le décor lors de son intervention. Comme la ville azuréenne, les collectivités seine-et-marnaises doivent également composer avec une hausse exponentielle des factures de gaz et d’électricité de leurs équipements municipaux (écoles, piscines, bibliothèque, gymnases…). « Il y a des variations de prix de 200 à 300 % », estime Pierre Yvroud, maire (SE) de La Rochette et président du syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne (SDESM). Du côté de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud (GPS), on a également fait ses calculs : le coût de l’énergie pourrait passer de 6, 6 millions d’euros en 2021 à 20 millions d’euros en 2023 ! Un scenario catastrophe qui a poussé le conseil communautaire de GPS à adopter à l’unanimité une motion adressée au gouvernement lors de sa séance du 27 septembre. Selon l’intercommunalité, cette inflation record des matières premières ne lui laisse pas trop le choix : ralentir le rythme de ses investissements ou réduire l’offre de services publics. « Ce qui impacte le plus les communes rurales, ce sont les cantines scolaires. Si on doit mettre toutes nos finances dans l’énergie, on va au-devant de grandes difficultés », redoute, pour sa part, François Deysson, maire (SE) de Villecerf et président de l’association des maires ruraux de Seine-et-Marne (AMR 77).

© DR - David Lisnard, le président de l’association des maires de France,
a pris la parole lors du 60e congrès des maires de Seine-et-Marne
organisé le 30 septembre à Dammarie-les-Lys.

Des dotations en berne

Amorcée durant le quinquennat Hollande, la baisse constante des dotations aux collectivités (fonds de péréquation intercommunale, fonds de solidarité des communes de la région Île-de-France ou dotation de solidarité urbaine) se poursuit avec Emmanuel Macron. Couplée à de nouvelles compétences exercées par les collectivités sans financement dédié, cette baisse va contraindre fortement leur budget 2023. Pis, l’annonce récente de la suppression (en deux exercices) de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), unique marqueur de son lien avec le tissu économique, a plombé encore davantage le moral des élus locaux. « Avec l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires cet été, qui va nous obliger à payer l’addition, cette suppression de la CVAE est le coup de grâce », a taclé Louis Vogel, maire (Agir) de Melun et président de la communauté d’agglomération Melun Val de Seine.

L’union fait la force

Mais certaines communes tentent de trouver la parade. Ainsi, plus de 200 d’entre elles (dont une majorité de petites villes) ont souscrit au contrat d'achat groupé de gaz à prix réduit auprès du syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne. C’est le choix qu’a fait, par exemple, Gilles Batail, le maire (LR) de Dammarie-les-Lys, pour contrecarrer la volatilité des marchés boursiers énergétiques. Une stratégie qui se révèle provisoirement payante : au troisième trimestre, le SDESM avait acheté du gaz pour la ville au tarif de 76, 44 euros le MWh. Quelques jours plus tard, son prix avait grimpé en flèche à 128,78 euros. « En matière d’énergie, il faut s’orienter vers une alliance des territoires, car 50 % des solutions seront territoriales. La transition sera écologique et sociale », prédit Michel Bisson, maire (PS) de Lieusaint et président de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud.

Solutions d’urgence et système D

Chauffage baissé ou coupé, éclairage public éteint la nuit, véhicules municipaux convertis au bioéthanol, covoiturage pour le personnel de mairie ou chaudières à granulés dans les écoles : pour les édiles seine-et-marnais, tout est bon pour baisser leurs factures. « La sobriété, ce n’est pas nouveau pour moi. On sait qu’il faut faire avec pas grand-chose. Nous sommes devenus la portion congrue », déplore AnneThibault, maire du village d’Arville et présidente du Centre de gestion de la fonction publique territoriale de Seine-et-Marne. A Dammarie-les-Lys (comme à Melun), on a fait le pari de la géothermie pour alimenter le réseau de chaleur communal (4 000 logements). Un choix judicieux, puisque le prix de cette énergie propre et naturelle ne varie guère contrairement à celui des énergies fossiles. Une réflexion est également menée sur l’énergie solaire avec une étude portant sur cinq bâtiments. En attendant, la municipalité a décidé de suspendre l’éclairage public entre 1 h 30 et 5 heures du matin, d’abaisser d’un degré la température dans ses bâtiments administratifs et culturels (une baisse plus prononcée durant les week-ends et les vacances scolaires) et d’installer progressivement des luminaires LED. Enfin, à Vert-Saint-Denis, le maire (PS) Eric Bareille fait la chasse aux vitrines des magasins et aux publicités lumineuses des entreprises demeurant éclairées la nuit. Il a ainsi envoyé un courrier aux 300 chefs d’entreprise travaillant sur sa commune pour leur demander de respecter la loi.

© DR

Un bouclier énergétique réclamé

Alors que le gouvernement d’Elisabeth Borne présentait son plan de sobriété énergétique le 6 octobre (faisant suite à l’annonce fin août du déblocage d’un fonds vert d’1, 5 milliards d’euros pour accompagner la transition écologique des collectivités), les élus n’en démordent pas. Eux aussi veulent bénéficier d’un bouclier énergétique comme les particuliers et les entreprises. Un courrier signé par plusieurs représentants des principales associations de maires a d’ailleurs été adressé le 30 septembre à la Première ministre. Dans cette lettre, qui évoque “une situation exceptionnelle“, ils exigent du gouvernement un “plafonnement du prix d’achat d’électricité à un niveau à définir, plus de flexibilité dans le choix des fournisseurs, la possibilité de casser certains contrats jugés trop onéreux et un abondement accru du fonds vert“. David Lisnard, le patron des maires de France, résume à sa façon ces revendications : « On a une dynamique de charges, mais pas de recettes. Pour avancer d’un mètre, il faut déployer un kilomètre d’énergie. On n’est pas des pleurnichards et des quémandeurs. Les dotations ne sont pas un dû. Depuis 2014, 46 milliards d’euros ont été indexés. L’Etat ne gagnera pas en asséchant les collectivités locales. » Rongés par la peur du lendemain, nos élus locaux ont encore de l’énergie à revendre.

« On ne demande pas l’aumône »

Guy GEOFFROY, maire (LR) de Combs-la-Ville et président de l’association des maires de Seine-et-Marne*

« Nos marges de manœuvre, pour peu qu’elles aient existé, ne cessent de diminuer. Certains sont même à l’os. Durant les différentes crises, notre pays n’aurait pas pu sortir la tête de l’eau sans les élus locaux. Il faut plus que jamais territorialiser les actions. On vit cette crise énergétique comme nos concitoyens. Elle percute nos équilibres budgétaires et nous oblige à des arbitrages déchirants. L’Etat a bien compris qu’il ne pouvait pas abandonner les collectivités confrontées à des augmentations du prix du gaz de 300 à 400 %. Comment va-t-on boucler le budget 2022 et financer celui de 2023 ? On ne demande pas l’aumône, mais de la solidarité. Si on n’a pas le budget pour poursuivre la rénovation thermique, nous entrerons alors dans un cercle vicieux, car toutes les mesures d’économie que nous pourrons prendre ne pèseront rien face au coût supplémentaire de l’énergie. On veut notre dû et bénéficier d’un bouclier énergétique pour encaisser le choc. On est dans l’urgence, mais il n’y a pas de solution miracle. »

*Guy Geoffroy est également vice-président de l’association des maires de France (AMF) et président de l’association des éco-maires.

© DR

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