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Christophe Chauvet - Elcimaï, « L'usine du futur est totalement d'actualité »

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Christophe Chauvet - Elcimaï, « L'usine du futur est totalement d'actualité »
© DR

Le groupe Elcimaï, notamment implanté à Melun, est au cœur du développement de l'industrie du futur qui prend forme dans l'hexagone. Christophe Chauvet, associé, directeur du développement du pôle promotion immobilière, détaille les premiers signes qui animent cette nouvelle ère industrielle, à l'aune d'usines flexibles qui s'adaptent en permanence, au gré des besoins évolutifs des entreprises. Le numérique pilote le changement. La cobotique et l'impression 3D raccourcissent, quant à elles, les délais de fabrication. Pour accompagner cette profonde mutation qui s'amorce, Elcimaï, “offreur de solutions”, propose aujourd'hui les process modulables et l'accompagnement attendus par les opérateurs industriels.

Pouvez-vous présenter le Groupe Elcimaï et ses activités ?

Elcimaï est un groupe familial, fondé il y a 25 ans par Pascal Denier, son président actuel et, par ailleurs, son actionnaire majoritaire. Il est organisé autour de deux pôles, l'informatique, avec notamment l'édition de logiciels bancaires, et l'immobilier d'entreprise. Il intervient également comme conseil environnemental, industriel, logistique, et de façon inédite sur un modèle d'ingénierie globale. A travers différentes filiales qui structurent son activité immobilière, nos ingénieurs conçoivent et livrent des sites de dernière génération pour les industries de pointe, notamment dans l'aéronautique, l'automobile, l'agroalimentaire, la logistique et le secteur cosmétique/santé. L'idée de Pascal Denier est d'amener en interne des compétences de haut niveau pour répondre aux demandes des industriels. Elcimaï propose aux entreprises des solutions pour créer et développer leurs sites industriels ou logistiques. Nous sommes ce que l'Alliance pour l'industrie du futur et la CCI de France appellent des “offreurs” de technologies innovantes.

Quels sont vos effectifs ?

Nous avons actuellement 400 collaborateurs, répartis sur 17 sites en France. En revanche, nous n'avons pas d'implantation à l'étranger. Nous travaillons avec des équipes détachées. Nous accompagnons ainsi des projets industriels en Palestine, en Espagne, en Suisse, en Pologne et même à Cuba, pour le Groupe Pernod-Ricard.

La CCI Paris Île-de-France semble très engagée sur le thème de l'industrie du futur...

La CCI Paris Île-de-France organise une série d'événements autour de l'industrie du futur. Elle a notamment lancé récemment le Club des offreurs de solutions franciliens, visant à développer les complémentarités entre les offreurs d'expertises technologiques.

La CCI fait ainsi écho à l'action de l'Alliance pour l'industrie et le plan Industrie du futur. Différentes stratégies ont été retenues, dont celle d'identifier et de fédérer les offreurs de solutions disponibles, adaptées à de nouvelles façons de produire, notamment grâce à la robotique et à des systèmes numériques. Dans cette logique, quand on parle d'usine du futur, c'est bien entendu le numérique qui pilote le changement.

De son côté, Elcimaï promeut l'idée d'une usine flexible qui s'adapte en permanence aux besoins évolutifs des entreprises. Par ailleurs, avec Tesla ou Google, les Américains nous ont prouvé leur appétence pour le travail collaboratif, ce qui me paraît fondamental aujourd'hui. Au sein de notre Groupe, les solutions industrielles émanent directement d'un travail collaboratif.

Sur ces sujets stratégiques, la France est-elle en bonne position dans le monde ?

Oui, je trouve que la France est en position favorable. Elcimaï défend l'idée de réindustrialisation du pays. On ne détruit plus d'emplois industriels. Au contraire, les effectifs augmentent. Nous ne sommes plus dans une problématique de coûts salariaux. La donne a changé. Les usines sont de plus en plus automatisées. Outre les postes traditionnels, nous assistons à une montée en compétence, avec des gens qui doivent à présent s'adapter au nouveau monde numérique, en côtoyant les robots collaboratifs – cobotique, NDLR –, en travaillant avec des casques 3D pour mettre en œuvre les nouvelles technologies.

L'usine du futur n'a-t-elle qu'une très lointaine ressemblance avec l'usine traditionnelle ?

Oui, bien sûr. Le numérique, la cobotique et l'impression 3D raccourcissent les délais de fabrication. Ces nouvelles technologies exigent une adaptabilité beaucoup plus agile des unités de production.

Sur ce sujet, la mission d'Elcimaï est d'apporter les solutions et les process modulables attendues par les opérateurs industriels. Nous devons, par exemple, être capables de transformer plus rapidement une ligne de production, passant progressivement d'un délai d'adaptation de six mois à une semaine.

Ce sont des programmes sur lesquels nous travaillons depuis un certain temps, notamment sur des projets pour Safran. Nous avons également mené cette réflexion sur les unités de production des cosmétiques Nuxe, à Lécousse (35). Face à l'existant, nous avons dû remettre les sites à niveau.

L'usine du futur est-elle ainsi au cœur de la stratégie d'Elcimaï ?

En 2019, nous souhaitons effectivement développer un concept d'usine totalement modulable, en partant de la construction d'une halle de production. Cet espace doit être le plus polyvalent et le plus modulable possible, totalement indépendant des moyens de production. Cette conception permet d'optimiser le coût de déploiement et d'exploitation de l'installation. Viennent s'adosser à la structure des espaces collaboratifs – espaces supports de recherche et de gestion de site. Se greffent à cet ensemble les circuits d'énergie et de fluides, eux aussi pensés et conçus sous forme de modules. Par exemple, pour l'usine de cosmétique de Nuxe sur laquelle nous intervenons, nous avons mis en place un module de production de vapeur ; en l'occurrence un container dans lequel l'équipement est déjà monté. Ce module vient se positionner dans l'ensemble selon les besoins capacitaires du moment. Même approche en matière d'IT, avec des partenaires qui ont développé des modules intégrant les fonctionnalités nécessaires. Si les besoins deviennent plus importants, il est possible de renforcer le module ou de remplacer l'élément.

Dans votre intervention, partez-vous d'une feuille blanche avec un cahier des charges imposé par l'industriel ?

Nous lançons les programmes immobiliers en amont, avant même que l'utilisateur soit connu, en travaillant le foncier et en développant une première solution. Nous proposons ensuite cette infrastructure potentielle à des industriels auxquels nous pouvons répondre au cas par cas, en adaptant le format initial à leur demande spécifique. Nous contribuons ensuite à la définition des process et à la gestion du site. Nous n'intervenons ni sur la cobotique ni sur la robotique qui vont intégrer le processus de production. Nous en prévoyons néanmoins la capacité de mise en œuvre.

Le foncier constitue-t-il pour vous une étape essentielle ?

Le foncier est effectivement la base de note intervention. La région Ile-de-France a lancé des actions dans ce cadre. Nous réservons les terrains et nous prenons les risques administratifs pour obtenir un “prêt à construire”. Dans le monde numérique, quand les décisions sont prises, la mise en œuvre est très rapide. C'est assez classique dans le secteur logistique, par exemple. Nous développons actuellement un programme à Amiens Saint-Sauveur sur des plateformes XXL de 120 000 m2. Elcimaï est accompagné par BNP Paribas Real Estate, Arthur Lloyd Logistique et Enterprise Immobilier d'entreprise. Toutes les démarches administratives sont faites. Le jour où le preneur sera connu, nous pourrons ainsi déclencher la construction. Nous l'accompagnons ensuite jusqu'au déploiement du site industriel.

Notre mission, c'est la philosophie d'Elcimaï, est d'avoir cette vision à 360° et d'accompagner le client sur le solide, c'est à dire l'infrastructure immobilière, sur le volet numérique et sur l'optimisation de son process industriel, afin de rationnaliser les investissements. Nous allons à présent jusqu'à la location des sites. Les industriels n'ont plus vocation à devenir propriétaires de leurs locaux. Pour le montage de ces opérations immobilières, nous travaillons avec des groupes financiers, notamment BNP Paribas Real Estate.

Avez-vous déjà réalisé ce type de prestations “usine du futur” ?

Le carnet de commandes d'Elcimaï est bien rempli. En revanche, nous n'avons pas encore traité concrètement de dossier lié directement à notre conception d'usine du futur et de process modulables, avec des sites extrêmement automatisés. C'est une réflexion nouvelle que nous souhaitons développer en France comme elle l'est actuellement aux Etats-Unis et en Chine. La notion de retour sur investissement est plus forte que jamais. Nous avançons donc dans cette voie.

Pour l'instant, nous travaillons sur ce concept d'usine du futur de façon fragmentaire, notamment avec le programme de l'usine du groupe Nuxe que je citais précédemment mais aussi les sites de Safran à Commercy (55) ou à Buchelay (78), ou encore de Wicona à Soissons (02). Nous avons pris en compte l'évolution capacitaire du site. En amont, nous avons prévu des boxes banalisés capables d'accueillir des unités de production et des chaînes de conditionnement complémentaires. Nous avons également prévu l'intégration de toutes les utilités énergétiques en fonction de l'évolution des niveaux de commandes.

Au-delà du seuil économique et psychologique concernant cette usine du futur, vous voyez la véritable usine du futur se développer à quel terme ?

Il est clair que de nombreux groupes industriels y réfléchissent aujourd'hui. Toyota, par exemple, avance fortement sur ce sujet. La SNCF, dans ses centres de maintenance, ou Bosch lancent également des solutions très concrètes. La plupart des grandes entreprises et des ETI ont à présent créé un pôle “industrie du futur”.

L'industrie du futur sera-t-elle réservée à des entreprises d'une certaine envergure ?

À l'exemple des GAFAM, on voit bien que pour déclencher un programme, les entreprises doivent investir massivement sur le volet numérique, dans le cadre des process et, éventuellement, dans des locaux industriels.

Nous préconisons d'ailleurs que l'Etat et les Régions créent des fonds d'investissement pour aider les entreprises à entrer dans le futur. Cela n'empêche évidemment pas les PME et les PMI d'être innovantes, mais à une autre échelle d'investissement.

Quel est aujourd'hui le message d'Elcimaï sur le développement de l'industrie d'avenir ?

Les entreprises doivent s'emparer de ce concept d'industrie du futur. Il y a réellement une carte à jouer pour réindustrialiser la France. Tout ce qui peut être moteur pour valoriser les offres existantes et créer des synergies est forcément extrêmement favorable. Il faut par ailleurs jouer la carte du “Produit en France”. Les consommateurs s'y rallient de plus en plus. L'économie circulaire doit également se développer. Il y a beaucoup d'actions concrètes à mettre en œuvre. Il faut encourager l'intervention des territoires et des acteurs – offreurs de solutions et industriels –, pour une mise en mouvement rapide. Le temps est compté. Les choses évoluent très vite. Nous devons entrer en compétition technologique avec des pays comme la Chine et les Etats-Unis.

Il convient aussi d'adapter rapidement les compétences de l'ensemble des collaborateurs. Je crains que les industriels manquent rapidement de main d'œuvre si l'industrie du futur commence à se déployer. Aujourd'hui déjà, des entreprises cherchant des profils spécifiques éprouvent beaucoup de difficultés à les trouver en France.

Les efforts que vous préconisez devraient-ils être entrepris au niveau européen ?

Il est clair que tout le plan aéronautique est largement porté par un programme européen. Dans certains autres domaines, comme le solaire par exemple, la coopération européenne est nécessaire. Celle-ci peut s'instaurer autour de fonds d'investissement mobilisés sur le déploiement de programmes communs. Il va falloir commencer à réfléchir aux problèmes d'échelle, notamment par rapport à nos concurrents internationaux.

Il faut parallèlement financer les projets et former les femmes et les hommes pour que les choses se mettent en place. Je pense que c'est vraiment une question de volonté et d'organisation.




Jean-Paul VIART
Journaliste

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