AccueilVie des entreprisesChristophe Chauvet– Directeur du développement Elcimaï,« La pandémie a changé les choses »

Christophe Chauvet– Directeur du développement Elcimaï,« La pandémie a changé les choses »

La crise sanitaire a amené la belle ETI seine-et-marnaise à mettre en place un pôle global, qui regroupe aujourd'hui architecture, immobilier, environnement et process. Comme le confirme Christophe Chauvet directeur du développement Elcimaï Réalisations, le Groupe continue ainsi à progresser, avec de nouveaux projets et de nouveaux marchés en Île-de-France.
Christophe Chauvet– Directeur du développement Elcimaï,« La pandémie a changé les choses »

ÉconomieVie des entreprises Publié le ,

Le Groupe a-t-il des projets qui se concrétisent actuellement ?

Oui, de nombreux projets se développent. Nous répondons notamment à une consultation dans le Nord de l'Île-de-France, pour un très grand projet de laboratoire pharmaceutique, l'un des plus importants d'Europe. Dans le secteur sud, petite couronne de Paris, nous travaillons, en maîtrise d'œuvre, avec un groupe pharmaceutique qui vient de lancer un programme assez important, bénéficiant du soutien de la Région Ile-de-France, dans le cadre du Pack Rebond. C'est une première pour ce groupe qui n'avait jamais obtenu une aide quelconque, alors qu'il est leader sur un certain nombre de produits.

Nous avons également été sollicités par un industriel francilien pour notre concept d'Usine 4.0, à Savigny-Cesson, sur Sénart. Malheureusement il n'a pas retenu ce site en raison de son implantation historique en première couronne d'Ile-de-France, et a décidé de rester sur ce secteur. Le programme immobilier industriel était néanmoins fortement qualifié.

Pour ce même projet EPA Sénart-Elcimaï “Usine 4.0”, nous avons deux offres en cours, qui concernent deux projets industriels. Un tel “programme immobilier autorisé”, pour lequel toutes les démarches administratives ont été anticipées et obtenues (autorisations d'urbanisme, environnementale, archéologique, ICPE obtenus ; déclaratif et enregistrement effectués), séduit les utilisateurs industriels.

Enregistrez-vous des avancées en termes de relocalisation ?

Nous constatons une réelle demande pour relancer l'industrie, surtout en Île-de-France. Bien entendu il faut attendre un peu pour savoir si cette dynamique est pérenne. Manifestement les entrepreneurs bénéficient d'un contexte économique très favorable, avec un soutien affirmé de la Région qui a la volonté de favoriser la réindustrialisation.

En l'occurrence, notre programme développé en partenariat avec l'EPA Sénart est retenu dans le Pack Rebond, qui présente une qualité essentielle, celle de diviser la taxe foncière par deux. Pour un industriel, c'est un signe fort, et dans les simulations financières que les industriels nous demandent aujourd'hui, les effets de cette disposition se font clairement sentir.

On ne peut que constater son côté incitatif, même si le différentiel reste très conséquent par rapport à l'Allemagne, par exemple. Nous avançons néanmoins dans le bon sens.

Toutes les opérations que vous avez décrites précédemment – les laboratoires, le groupe pharmaceutique – concernent du développement ou de la relocalisation ?

Concernant les laboratoires, il s'agit d'une part du programme “H2 Pharma” qui relève du développement, et d‘autre part d'un déplacement de site. Le projet industriel concerne lui, un regroupement de sites ; il ne s'agit pas d'une création en tant que telle. Tout ceci confirme tout de même un élan vers l'investissement, la mise à niveau de l'outil productif, avec à la clé une performance industrielle renforcée.

Comment le Groupe Elcimaï a-t-il traversé cette crise sanitaire ?

Notre Groupe était prêt à faire face à cette situation inédite, à la faveur notamment d'une forte composante numérique, qui a permis de mettre en place rapidement et facilement des solutions de télétravail pour les collaborateurs. Nous avons également déployé des solutions de gestion des chantiers. Nous disposions de moyens importants, agiles, et d'une infrastructure extrêmement solide, avec les flux de connexion adaptés. Ces atouts sont le propre d'une ETI comme la nôtre, en développement continu, avec une vision de long terme.

Et le programme de l'EPA Sénart ?

Dans cette même dynamique, pour le programme de l'EPA Sénart, nous avons travaillé à distance, grâce à des solutions de gestion prédictive de bâtiment, en partenariat avec le groupe Schneider Electric qui, au départ, n'étaient pas envisagées non plus pour ce genre de situation. Il s'avère que nos choix stratégiques ont été extrêmement pertinents. On voit que l'impact du numérique est à présent essentiel.

Le projet EPA Sénart est une sorte de showroom présentant vos concepts et le savoir-faire du Groupe ?

Sénart est un projet pilote. Nous venons de boucler ce que nous avons appelé “l'Enveloppe industrielle durable”, un programme de recherche inédit qui a mis en collaboratif l'ensemble de nos compétences. Les interventions de nos ingénieurs informaticiens ont été un facteur clé. Cette EID®, concept déposé par notre Groupe et développé avec l'appui de la Région Ile-de-France et de Bpifrance dans le cadre du programme Innov'Up, repose sur un jumeau numérique d'une usine-type. Il a été imaginé à travers des échanges avec des groupes tels que Safran ou PSA, et en capitalisant sur les projets industriels réalisés par Elcimaï. En confrontant les besoins et les solutions, nous sommes parvenus à élaborer ce jumeau numérique.

J'ai vu passer récemment les commentaires du président allemand du groupe Bosch qui vient de construire une usine d'un milliard d'euros en Allemagne. Il met en avant l'enjeu de ce développement avec la mise en place d'un jumeau numérique. C'est exactement le processus que nous avons développé. Ce projet était engagé avant la pandémie. Bouclé en mars dernier, l'outil est aujourd'hui opérationnel et déployé dans nos projets et programmes.

Dans un tout autre registre, avez-vous observé un impact du Brexit en région parisienne ?

Non, pas vraiment. Je ne crois pas que cet “effet Brexit” soit aussi important que prévu. C'est surtout le secteur bancaire qui est concerné. Pour ce qui est des entreprises, on ne constate pas une arrivée massive des industriels anglais sur notre territoire, ou même en Europe. Les changements importants envisagés ne se confirment pas. Il y a eu, de surcroît, les interférences de la crise sanitaire. Objectivement, la situation reste complexe à analyser. Il y a la question de la capacité des acteurs économiques à faire face à des changements, à des ruptures.

Par exemple, notre Groupe a « profité » de la crise pour engager des programmes de formation extrêmement soutenus, les salariés étant plus disponibles. Ainsi ,les compétences ont été renforcées, notamment en matière numérique. La crise a en outre amené Pascal Denier, P.-D.G. du Groupe Elcimaï, à mettre en place un pôle global, qui regroupe architecture, immobilier, environnement et process. Ce pôle est piloté de façon unique pour renforcer toutes les synergies des différentes compétences, et se trouver en capacité de répondre aux attentes des entrepreneurs dans le cadre de la réindustrialisation.

Elcimaï est l'un des membres du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire – Meti – et du Club des ETI d'Ile-de-France…

Il est également membre du Medef de Seine-et-Marne. Cela nous semble essentiel d'œuvrer, avec toutes les entreprises du département et de la région, au développement de l'économie locale et de l'emploi. Elcimaï a une volonté forte de contribuer à l'économie du territoire où il est ancré.

Ce positionnement nous a ainsi amenés à répondre à l'appel à projet tertiaire lancé par la Communauté d'Agglomération Melun Val de Seine, pour le futur pôle d'échanges de la gare de Melun. Proposer des programmes réalistes, des loyers compétitifs et de nouvelles solutions liées aux attentes des utilisateurs et des salariés était un nouveau challenge pour Elcimaï. Pour proposer une offre innovante, nous avons choisi de travailler en co-promotion avec un partenaire qui maitrise l'approche urbaine de la construction. La dimension environnementale d'un tel projet est également essentielle. Ainsi, par exemple, nous avons réfléchi à des solutions d'autoconsommation d'énergie. La pandémie a fait évoluer les demandes. Les utilisateurs attendent des locaux sécurisés sur le plan sanitaire, avec des filtrations antivirales, autant de technologies qui n'étaient pas déployées dans les espaces tertiaires, mais qui seront des exigences dans les programmes à venir. Ils attendent aussi des lieux plus conviviaux, plus flexibles. Grâce à cet appel à projet et à toutes les réflexions qu'il nous a inspirées, nous disposons à présent d'une offre adaptée à ce type de programmes tertiaires d'un nouveau genre.

Au fond, la pandémie a été un accélérateur, un révélateur et un catalyseur de transformation. Je crois que c'est là toute la force des ETI comme la nôtre. Ce sont des structures réactives et innovantes, en mesure de faire face à des situations inédites, d'anticiper les besoins, de se réinventer. Elles portent cette capacité de croissance et assurent la création des emplois.

Vous collaborez de plus en plus avec de grands acteurs du marché…

En effet. Par exemple, avec Schneider Electric sur toute la maintenance prédictive dont il est leader mondial. Nous bénéficions à travers ce groupe, qui possède 47 usines en France, de technologies de pointe. Cette collaboration n'est pas exclusive. Nous travaillons avec d'autres entreprises françaises, en privilégiant les solutions produites sur notre territoire, pour défendre et reconquérir le made in France. Une démarche qui n'est cependant pas nouvelle. Depuis de nombreuses années nous signalons que le niveau de l'industrie nationale, autour de 14 % du PIB, est extrêmement faible et que c'est un vrai problème. Il nous faut un tissu industriel solide. La pandémie a révélé le manque de souveraineté industrielle de la France, la carence des productions de masques, de gel hydro-alcoolique, de vaccins… Même chose avec les composants électroniques qu'il faudrait plutôt produire sur notre territoire ou en Europe, pour conserver une certaine maîtrise. On constate que les enjeux ne sont plus seulement stratégiques, comme l'armement ou le nucléaire, mais globaux. Les Français réalisent à présent que la désindustrialisation peut les toucher directement, dans leur quotidien. Nous allons sans doute vers des changements importants.

Pouvez-vous dire quelques mots de la plateforme de La Poste à Montereau ?

Cette plateforme a été livrée, non équipée, il y a quelques semaines. Elle vient d'être mise en service. C'est une réussite. Nous sommes mobilisés par un autre projet logistique, à la demande d'une entreprise qui cherche un site d'implantation. Des créations d'emplois sont à la clé. La logistique est fortement portée par le développement du e-commerce, mais elle est liée aux transports, et son impact environnemental est critiqué. Là encore, il s‘agit d‘imaginer des solutions innovantes, notamment à travers des énergies nouvelles.

Est-ce que vos effectifs ont évolué durant la crise sanitaire ?

Nos effectifs sont restés stables. Toutefois le Groupe est dans une logique de croissance et cherche à recruter. Dans certains domaines, notamment l'informatique, nous rencontrons des difficultés pour trouver des compétences. Les ingénieurs français sont aussi convoités à l'étranger, une vraie concurrence s'est instaurée et certains de nos besoins ne sont hélas pas satisfaits. Mais la progression des effectifs passe aussi par la croissance externe, qui fait partie de la stratégie du Groupe Elcimaï. Par exemple, il y a cinq ans nous avons intégré la société Girus GE, devenue Elcimaï Environnement, spécialisée dans l'économie circulaire et la transition écologique. Cette structure va rejoindre le pôle global “bâtiment-environnement-process” pour optimiser les synergies de savoir-faire. Ce sont des stratégies particulièrement visionnaires. À présent, aucun industriel ne saurait produire sans prendre en compte son impact environnemental.

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