AccueilActualitéGrand témoinCANASUC : « Nous avons à cœur de préserver l'héritage »

CANASUC : « Nous avons à cœur de préserver l'héritage »

Reprendre une entreprise en pleine crise sanitaire. Le pari était osé, mais Brigitte Texier et Eva Beschemin l'ont tenté et espèrent le réussir. En juin dernier, ces deux amies entrepreneuses ont racheté Canasuc, une entreprise artisanale spécialisée dans l'art du sucre et située à Ury, près de Fontainebleau. En pleine pandémie, elles maintiennent le cap et gardent le sourire. Un bel exemple de résilience.
CANASUC : « Nous avons à cœur de préserver l'héritage »

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Pourquoi avez-vous décidé de racheter Canasuc ?

Brigitte Texier : Je connais Eva depuis 20 ans et nous étions à un tournant de nos carrières professionnelles. Je viens de l'industrie pharmaceutique et Eva a travaillé dans les secteurs de la cosmétique et de la serrurerie. On voulait reprendre les rênes d'une activité où l'on crée du beau. En 2018, quand j'ai quitté mon travail, je me suis lancée dans la recherche d'une entreprise. Nous avons trouvé Canasuc, qui répondait à notre ciblage, c'est-à-dire une TPE-PME possédant un savoir-faire dans l'univers de l'art de vivre à la française.

Eva Beschemin : C'est la CCI de Paris qui nous a proposées Canasuc. Notre plan de reprise devait être lancé le 15 avril, mais la crise sanitaire a tout bousculé et nous avons réellement démarré en juin.

Dans quel état était cette entreprise ?

EB : Elle avait beaucoup souffert de la disparition de son fondateur en 2017. Elle manquait d'énergie et ses ventes baissaient. Ses produits sont vendus essentiellement dans des secteurs fortement impactés (grands magasins, épiceries fines, hôtels et restaurants). Le contexte était donc très particulier.

Comment vous êtes-vous adaptées ?

BT : Il a fallu reconstituer les stocks, remobiliser les équipes de production, s'assurer d'avoir les produits au bon endroit au bon moment pour honorer les commandes. On a dû aussi rechercher des financements et des aides (activité partielle, exonérations de cotisations et obtention de deux prêts garantis par l'Etat en septembre et pour janvier). En septembre et octobre, nous avons eu des signes très encourageants de reprise, mais le nouveau confinement a mis un coup d'arrêt brutal aux commandes et au chiffre d'affaires en novembre. Aujourd'hui, grâce à la réouverture des grands magasins et des boutiques, l'activité est repartie, mais cela reste compliqué avec les hôtels et les restaurants. Nos ventes à l'export sont aussi impactées. Nous manquons de visibilité et on se pose des questions sur l'avenir.

EB : On a surtout travaillé l'aspect “produits'' avec l'urgence de créer une nouvelle offre pour Noël, le grand temps fort de l'année, tout en recontactant nos clients pour leur présenter cette nouvelle collection. Les clients historiques, comme la Grande Epicerie et Les Galeries Lafayette, ont bien suivi.

Justement, quel premier bilan tirez-vous de la période de Noël ?

EB : Les signaux ont été plutôt positifs. Nos nouveautés se sont bien vendues, mais cela n'a pas été suffisant pour rattraper ce que nous avons perdu au cours de l'année. Maintenant, on se dit que c'est encourageant et que nous sommes sur la bonne voie.

Quelle est la particularité de Canasuc ?

EB : C'est une société artisanale qui apporte à un simple cube de sucre une touche de poésie et d'esthétisme. La technique du façonnage est un savoir-faire exigeant. Le fondateur de Canasuc a créé cette chaîne de créativité, d'excellence et de partage et nous avons à coeur de préserver cet héritage qui rend hommage à l'élégance française. Nous sommes déjà fières d'avoir sécurisé les dix emplois.

BT : Notre autre activité, qui est un peu plus marginale, est la personnalisation de sucre pour le logo de certaines marques. On travaille notamment pour Hermès, Tiffany, Yves Saint-Laurent, Armani et l'hôtel Byblos, à Saint-Tropez.

Quel est le processus de création ?

BT : L'équipe phosphore d'abord autour des idées qui ont déjà fonctionné, des tendances du marché et des différentes typologies de notre clientèle. Ensuite, une responsable image s'occupe du design des sucres. Elle imprime des sucres en 3D, puis sort un prototype du moule que le mouleur teste. Il faut que le produit ne se casse pas et que le motif ressorte bien. Une fois ces étapes validées, on commande le moule chez notre prestataire avant de lancer la fabrication. Ensuite, on passe au packaging et on présente le produit à nos clients, afin qu'il soit référencé dans leurs points de vente. L'avantage d'être une TPE-PME, c'est que tout se fait sur une période très courte de trois à quatre mois.

Comment abordez-vous cette année 2021 ?

BT : Notre objectif est de présenter régulièrement de nouvelles collections de sucres, quatre par an en, fonction des modes et des marchés. Mais la création d'un moule est un investissement qu'il faut amortir. On rêve de collaborer avec Monoprix et avec des restaurants gastronomiques étoilés. Mais notre priorité reste de dynamiser nos clients actuels, tout en travaillant sur des marchés pas encore explorés comme ceux des torréfacteurs et des aéroports. Pour 2021, on travaille sur deux scénarii : le premier où tout va bien et tout rouvre avec de nouveaux projets et le second où il faudra refermer avec un chiffre d'affaires et des dépenses différents.

EB : On espère se développer et embaucher. Mais 2021 sera certainement encore compliquée et sortir de cette pandémie ne sera pas simple. Il faut être honnête, les TPE sont sous perfusion et essaient de survivre. L'année 2020 n'a pas été géniale avec un chiffre d'affaires en baisse de 40 % par rapport à 2019. Dans ces cas-là, soit on s'apitoie sur son sort, soit on se dit que ce n'est que le début et on essaie d'explorer d'autres pistes et d'autres opportunités. On est plutôt dans cette démarche-là.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaiteraient se lancer dans l'entrepreneuriat ?

BT : Le plus important est de rester enthousiaste et de ne pas céder au pessimisme. Se lancer dans une telle aventure est un parcours semé d'embûches qui nécessite de la détermination. Il faut savoir se remettre en question, être extrêmement flexible et travailler sa résilience.

Et si c'était à refaire, vous le referiez ?

EB : Oui, nous n'avons aucun regret. Canasuc est une belle marque qu'on a vraiment envie de développer. On est quand même parti dans l'inconnue en étant soumises aux différentes décisions d'ouverture et de fermeture dans une sorte de yo-yo. On souhaite vraiment que le cours normal de la vie reprenne et que les gens puissent se refaire plaisir. Ce sera forcément bénéfique pour notre activité.

Vous résidez toutes les deux dans les Hauts-de-Seine.
Que pensez-vous de la Seine-et-Marne ?

BT : Que du bien ! A Ury, depuis la fenêtre de notre bureau, on a vue sur la campagne avec de grands espaces. C'est d'autant plus agréable que nous avons 2 000 m2 de locaux.

Canasuc, un savoir-faire raffiné

C'est en 1992 que Pierre Bosc-Bierne a fondé Canasuc après avoir parcouru le monde pour commercialiser des confitures de luxe. Au détour de l'un de ses voyages, il découvre le bâtonnet de sucre candi et a un coup de coeur pour cet objet aussi brillant qu'un diamant. En l'adaptant à la culture du célèbre café expresso, le succès commence et la petite canne donne son nom à l'entreprise.

Etablie en Seine-et-Marne depuis près de 30 ans et à Ury depuis une dizaine d'années, cette entreprise artisanale cultive un savoir-faire unique : le façonnage et le moulage du sucre. Cette expertise a donné naissance à des collections élégantes dignes de celles de la haute couture. Les créations de Canasuc jouent, en effet, finement avec les codes de l'art de vivre à la Française et les éditions limitées de Noël, conçues par Eva Beschemin, Brigitte Texier et leur équipe, n'ont pas dérogé à la tradition. Mais pas question de connaître leur secret de fabrication. Il reste bien gardé dans leur atelier d'Ury…

Renseignements : www.canasuc.com.

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