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Bertrand de Singly : « L’indépendance énergétique est au cœur de nos choix stratégiques »

Chaque jour, Gaz réseau distribution France (GRDF) distribue le gaz à plus de 11 millions de clients. Il conçoit, construit, exploite et entretient le plus grand réseau de distribution d’Europe (202 759 km) dans plus de 9 500 communes.
Bertrand de Singly : « L’indépendance énergétique est au cœur de nos choix stratégiques »
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ÉconomieVie des entreprises Publié le , Propos recueillis par Farid Zouaoui

En Île-de-France, GRDF joue un rôle d’accompagnement auprès des collectivités locales, en matière d’aménagement du territoire et de politique énergétique. Une stratégie pilotée par Bertrand de Singly. Après avoir fréquenté les cabinets ministériels, ce polytechnicien a rejoint GRDF en 2015 où il occupe la fonction de directeur clients territoires. Il est notamment chargé de promouvoir le gaz vert dans le cadre de la transition énergétique.

Quelles sont les conséquences de la guerre en Ukraine sur le plan énergétique ?

Cette guerre a souligné notre dépendance vis-à-vis de la Russie. Réduire notre dépendance aux énergies fossiles, à la fois pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre et garantir notre indépendance énergétique, est devenu une priorité absolue.

La France peut-elle se passer du gaz russe ?

Il représente environ 20 % de notre consommation. C’est la clé de voûte de notre système énergétique. Nous consommons tous du gaz sans le savoir en tant que clients d’un immeuble chauffé au gaz, ou en tant que consommateurs d’électricité produite à partir de gaz. Le gaz russe représente environ 17 % de nos importations, soit 3 % de la consommation finale d’énergie en France, ou l’équivalent de 10 tranches nucléaires. Il paraît donc illusoire de croire que le système électrique puisse être une alternative. L’urgence est d’accélérer les baisses de consommation avec la sobriété énergétique et des équipements performants comme les pompes à chaleur hybrides.

Doit-on diminuer nettement la place du gaz dans notre mix énergétique ?

L’indépendance énergétique est au cœur de nos choix stratégiques. Réduire notre dépendance au gaz fossile implique-t-il de diminuer drastiquement la place du gaz ? La réponse est clairement non ! Maintenir une diversité de solutions est indispensable pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à un coût acceptable pour les consommateurs. Le gaz, aisément stockable, conservera une place dans notre futur mix énergétique dans des volumes, certes, moindres, compte tenu de l’indispensable maîtrise des consommations et à condition qu’il soit plus vert et produit localement. Des usages variés et nouveaux assurent sa pérennité dans le mix en remplacement du diesel pour les transports lourds ou comme alternative au fioul. Réduire notre dépendance représente un immense défi, mais il est à notre portée grâce au développement des gaz verts, qui représentent une opportunité pour décarboner et relocaliser une part de la production au service de notre souveraineté énergétique.

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Les gaz renouvelables, notamment le biométhane, constituent donc une alternative crédible ?

Oui, c’est une énergie d’avenir. Le biométhane, qui est la première génération de gaz renouvelable, permet de produire localement une énergie durable et neutre en carbone, de développer des emplois pérennes, qui étaient estimés à 50 000 à l’horizon 2030 avant la crise actuelle, de garantir une fiabilité des approvisionnements et de décarboner rapidement nos usages résidentiels et industriels. La dynamique existe, comme le prouvent les 400 sites de production en France et le millier de projets en cours de développement. Plus de 80 % des sites de méthanisation qui injectent du gaz renouvelable en France sont raccordés au réseau exploité par GRDF et chaque semaine, deux à trois nouveaux sites sont raccordés aux réseaux gaziers. Le Gouvernement souhaite d’ailleurs aller dans ce sens. Le 15 mars, il a annoncé relever de 40 % à 60 % la prise en charge par les collectivités des coûts de raccordement aux réseaux de gaz naturel des nouveaux méthaniseurs. 2022 va être l’année de la massification de la production de gaz vert.

Comment opérez-vous dans ce domaine ?

GRDF entretient et développe le réseau de raccordement gaz entre les méthaniseurs, les logements et les stations d’avitaillement. Chaque année, en Île-de-France, on investit plus de 100 millions d’euros dans la modernisation et le développement du réseau gaz. Nous gérons le réseau de distribution, accompagnons les porteurs de projets, raccordons les sites et assurons l’exploitation et la maintenance des postes d’injection de biométhane. L’Île-de-France est la 4e région productrice de biométhane après le Grand Est, les Hauts-de-France et la Bretagne. 20 % des communes franciliennes sont concernées par l’injection de gaz renouvelable. Il peut être valorisé en énergie pour les logements ou en carburant décarboné pour la mobilité. C’est l’énergie qui bénéficie du plus important potentiel. En 2021, 150 nouveaux sites ont été mis en service en France et en 2050, nous estimons que 100 % du gaz sera vert et produit localement. Nous pouvons participer aux travaux de planification écologique et territoriale qui ont été annoncés durant la campagne électorale.

Peut-on dire que la Seine-et-Marne est pionnière en matière de méthanisation ?

Oui, c’est le premier département producteur de gaz vert en France. Le premier site de méthanisation français y a vu le jour il y a 10 ans. Aujourd’hui, on en comptabilise 26, qui injectent environ 500 GWh par an dans les réseaux de gaz, ce qui correspond à 80 000 logements ou 2 000 bus. Cela représente également 50 % des capacités de l’Île-de-France (46 unités au total actuellement pour une capacité de 1 TWH et correspondant à 160 000 logements ou 3 800 bus, NDLR)... Depuis 2021, le gaz vert couvre 10 % de la consommation du gaz du secteur résidentiel en Île-de-France. Plus de 900 communes sont raccordées au gaz de ville grâce à GRDF, dont 135 communes seine-et-marnaises. Le Département a aussi lancé la charte Cap Métha77 avec plusieurs partenaires institutionnels (Chambre d’agriculture, Région, Agence de transition écologique, Union des maires de Seine-et-Marne, Syndicat départemental de l’énergie et GRT Gaz) pour accompagner cette dynamique. Le club Cap bioGNV a été aussi créé en début d’année. Il a pour vocation de réunir l’ensemble des acteurs intéressés par la mobilité BioGNV, qui est un carburant alternatif issu de la méthanisation. Le Département a l’ambition de couvrir 75 % des besoins en gaz de ses habitants d’ici 2 030. Très actif, il se dote d’unités de méthanisation structurantes et innovantes, comme Équimeth, implantée à Moret-Loing-et-Orvanne et inaugurée en 2021. Cet outil apporte un service de traitement des matières organiques, en réponse aux enjeux de valorisation des biodéchets et offre de nombreux bénéfices au territoire francilien. Équimeth traite 25 000 tonnes de matières organiques par an, soit l’équivalent de deux fois les invendus alimentaires des hypermarchés de Seine-et-Marne. Cette unité injecte l’équivalent de la consommation en gaz de 4 000 habitants. Elle alimente les communes de Moret-Loing-et-Orvanne, Saint-Mammès, Fontainebleau, Thomery, Champagne-sur-Seine et d’Avon à hauteur de 15 % de leur consommation en gaz. Enfin, l’événement majeur de cette année va être l’inauguration d’une 27e unité à Claye-Souilly (lire l’encadré, NDLR).

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L’obligation de tri à la source des déchets, à partir de 2024, peut-elle marquer un tournant décisif en matière de transition énergétique ?

Elle représente une immense opportunité et un enjeu majeur. À l’échelle de l’Île-de-France, développer une collecte séparée de la Métropole du Grand Paris à destination des méthaniseurs, c’est faire de ces centaines de milliers de tonnes de déchets, principalement constitués d’eau et valorisés aujourd’hui essentiellement dans des incinérateurs, une ressource qui pourrait représenter près de 10 % de la production de gaz renouvelable francilienne. Pour les ménages, tout reste à faire : seuls 2 % du gisement mobilisable sont aujourd’hui collectés. GRDF accompagne la structuration de cette filière. Outre ceux de Moret-Loing-et-Orvanne et de Claye-Souilly, d’autres projets de valorisation de ces biodéchets sont avancés en Île-de-France. Dans l’Essonne, il y a celui de la Semardel à Echarcon, qui sera lancé en 2023, dans les Yvelines, on peut citer l’unité Modul’O Yvelines, créé par la start-up Tryon, et dans les Hauts-de-Seine, il y a celui du port de Gennevilliers, prévu pour 2024 et porté par l’Agence métropolitaine des déchets. Sur les 80 méthaniseurs qui seront opérationnels en Île-de-France d’ici 2025, 18 valoriseront les biodéchets. Les capacités de méthanisation des biodéchets vont être multipliées par cinq en trois ans, passant de 40 000 à 200 000 tonnes annuelles. Cette nouvelle filière contribuera à atteindre l’objectif de 10 % de gaz vert injectés dans les réseaux en 2030 et 100 % d’ici 2050. Cette valorisation va également favoriser l’économie circulaire du territoire. En mettant en réseau les collectivités et tous les acteurs moteur de l’essor du gaz vert, GRDF accompagne la montée en puissance de cette énergie indispensable à notre mix énergétique.

Comment cette crise énergétique va-t-elle évoluer au cours des prochains mois ?

La crise a impacté le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Les mesures de bouclier ont permis de limiter l’impact pour les ménages chauffés individuellement ou à titre collectif. La poursuite de ces mesures est indispensable, tant que le marché n’a pas retrouvé un fonctionnement normal. Nous sommes très attentifs à ce que les transporteurs routiers qui ont fait le choix du GNV bénéficient de mesures d’accompagnement pour rester compétitifs. Dans le contexte actuel, nous appelons le Gouvernement à renforcer son soutien à la production du biogaz, qui pourrait assurer 20 % de notre consommation en 2030. Nous avons un potentiel supplémentaire de gaz vert activable immédiatement dans nos territoires par modification règlementaire. En France, comme en Europe, la situation internationale conduit à rechercher des mesures propres à diversifier les approvisionnements et à augmenter les possibilités d’arrivées de gaz naturel liquéfié (GNL). D’autre part, la Commission européenne ambitionne, dès cette année, de réduire des deux tiers les achats de gaz russe. Bruxelles a décidé de coordonner des achats communs de gaz au nom des États membres pour renforcer la sécurité énergétique de l’Europe. Bien sûr, ces mesures sont conditionnées à une réduction de nos consommations d’énergie comme abaisser la température du chauffage d’un degré en hiver et limiter le recours à la climatisation en été.

Un méthanisateur géant à Claye-Souilly

Après Equimeth à Moret-Loing-et-Orvanne en 2021, un autre projet majeur est sur le point de se concrétiser. Co-initiée par GRDF, Veolia et l’entreprise iséroise Waga Energy, une 27e unité de méthanisation va être inaugurée le 18 mai à Claye-Souilly. Elle sera la plus puissante de France et l’une des plus grandes d’Europe. Située sur le pôle d’écologie industrielle de Claye-Souilly, cette unité permettra de produire 120 GWh de gaz renouvelable par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle moyenne de 20 000 foyers (ou 500 bus roulant au BioGNV). Elle évitera ainsi l’émission d’environ 25 000 tonnes de CO2 chaque année. Le pôle de Claye-Souilly traite et valorise annuellement jusqu’à 1,5 million de tonnes de déchets municipaux et industriels. Ses installations permettent déjà de valoriser le biogaz sous forme de chaleur et d’électricité. Avec la mise en service de cette unité géante, la production totale d’énergie atteindra 238 GWh par an, soit une augmentation de 40 % de l’offre énergétique existante. GRDF a investi dans l’adaptation du réseau de gaz, afin d’accueillir la production de gaz renouvelable de ce projet exceptionnel.

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