Axel Schopphoff, P-D.G. de Tente SAS : « Nous devons réindustrialiser le pays »

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Axel Schopphoff,  P-D.G. de Tente SAS : « Nous devons réindustrialiser le pays »
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Axel Schopphoff est le P.-D.G. de la filiale française Tente SAS, basée à Pringy et spécialisée dans la commercialisation de roue et de roulettes.

D'origine allemande et de nationalité belge, Axel Schopphoff a débuté dans une chocolaterie, après des études de commerce à Bruxelles. Il a ensuite intégré le groupe familial Tente en Allemagne. Après une formation aux activités du groupe, Axel Schopphoff a eu pour mission de créer la filiale espagnole, jusqu'en 2004. Cette société est aujourd'hui leader en Espagne, avec 60 employés et 15 millions d'euros de chiffre d'affaires. Actuellement à la tête d'une centaine de collaborateurs, il peut compter sur la bonne santé économique de la filiale française, avec ses 32 millions d'euros de chiffre d'affaires. Axel Schopphoff plaide pour un sursaut industriel, et fait le point sur l'avancée du Paris Sud Business Club, lancé le 5 avril dernier, qu'il préside.

Votre expérience entrepreneuriale est riche, avec notamment la création de la filiale espagnole de Tente. Comment s'est déroulé ce projet ?

Après une formation de deux ans en Allemagne, c'est d'abord l'Italie que je devais rejoindre. Mes employeurs m'ont finalement rappelé deux semaines plus tard, pour m'annoncer que je devais créer une filiale en Espagne, à 28 ans et sans parler un mot d'espagnol ! Ce que j'ai vraiment apprécié dans ma mission en Espagne, c'est que nous partions de zéro. Il n'y avait rien à perdre. Le succès est venu assez rapidement. Le gros enjeu pour moi a d'abord été de devenir autonome financièrement par rapport à la maison-mère, qui nous avait dotés d'un capital. Créée en juillet 1998, Tente Ruedas accusait encore quelques pertes en 1999, avant d'arriver à l'équilibre en l'an 2000. Dès 2001 nous avons commencé à gagner de l'argent.

Avez-vous permis l'envol de cette structure ?

Quand je l'ai quittée en décembre 2004, elle était numéro trois du secteur en Espagne. Elle est aujourd'hui numéro un, après avoir détrôné l'entreprise locale. En tant que PME, nous sommes dans un petit marché et j'avais estimé à l'époque la taille du marché espagnol à 50 millions d'euros. La filiale fait actuellement 15 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit 30 % de parts de marché. Je suis heureux d'avoir pu mettre en place les conditions lui permettant aujourd'hui d'être le leader du marché.

Il a fallu se battre pour en arriver là ?

Oui et c'est d'ailleurs encore le cas aujourd'hui en France. Nous devons sans cesse démarcher. Nous avons beaucoup de concurrents.

Tente est tout de même une bonne société : il s'agit du numéro 1 en Europe, ce qui facilite plutôt la tâche, ne fût-ce que pour être reçu chez nos clients. Nous y allons avec l'appui d'une bonne marque. Un groupe tel que Tente n'est en effet pas numéro un pour rien. Il faut expliquer ce que Tente peut apporter au client pour que lui-même puisse fortifier son business.

Votre secteur est peu connu. Quels sont vos clients ?

Nous fabriquons des roues et des roulettes. Le fait que nous en vivions peut parfois surprendre vu de l'extérieur. Mais nos clients sont connus du grand public, nous avons par exemple des fabricants de chariots libre-service, comme Caddie. Dans le secteur hospitalier, tout se fait sur roulettes : pour vider les chambres très rapidement. Toute une série de secteurs d'activité, comme par ailleurs l'automobile, l'hôtellerie et la restauration ont besoin de nos roues.

Pourriez-vous dresser le portrait « chiffré » de Tente en Seine-et-Marne ?

Nous sommes une PME réalisant 32 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec une croissance de plus ou moins 5 % ces dernières années. Notre secteur est un marché de niche, que j'évalue à une centaine de millions d'euros. Nous avons 100 personnes sur site, dont 20 commerciaux.

L'année prochaine, je table sur un résultat de 2, 5 à 2,6 millions d'euros. Nous avons donc une bonne santé financière. Chez Tente, nous fabriquons énormément en Europe. Nous avons un très gros site de production et de commercialisation en Allemagne. Il en existe aussi un en Irlande. A Pringy, nous commercialisons en France des composants avec les services dédiés, notamment la livraison et la logistique. Nous assurons aussi l'assemblage des roues.

Qu'en est-il du groupe ?

Le groupe Tente se porte également bien, avec quelque 235 millions d'euros de chiffre d'affaires qui appartient à la famille Fricke. Les 1 600 collaborateurs  apprécient que la quasi totalité des bénéfices soit réinvestie.

Vous faites donc partie des fameuses ETI allemandes, régulièrement prises pour exemple en France ?

Sur son marché, le groupe Tente est numéro 2 au niveau mondial, derrière une entreprise américaine.

Ces structures manquent-elles à l'appel en France ?

On peut légitimement le penser, même si nous avons en France des champions du monde de taille moyenne, dans le luxe ou l'agroalimentaire. En Allemagne, dans l'industrie et les marchés de niche, vous avez d'innombrables sociétés de taille moyenne, transmises de génération en génération, qui finissent par former des ETI.

Nous sommes une « petite société » par rapport aux entreprises cotées en bourse. Mais 1 600 personnes, cela donne une certaine assise. Et nous sommes présents presque partout dans le monde. Le point fort des entreprises et des industries allemandes, c'est qu'elles n'ont aucun complexe. Dès qu'elles atteignent 50 ou 100 salariés, elles se projettent tout de suite à l'étranger. En France, — il s'agit de grandes généralités bien sûr —
les entreprises souhaitent d'abord bien se stabiliser sur leur marché et vont moins volontiers présenter leur savoir-faire à l'internationnal.

S'agit-il réellement d'un modèle en la matière ?

Cela vaut d'ailleurs à l'Allemagne les foudres de ses partenaires européens et surtout de Donald Trump, qui accuse l'excédant de la balance commerciale. Mais finalement, la France et l'Allemagne sont des pays qui se ressemblent, avec une dépendance énergétique. La France a d'excellentes écoles d'ingénieurs et malgré tout, n'exporte pas autant qu'outre-Rhin. C'est dommage, parce que les qualités sont là. Rien que dans notre petit marché de la roulette, trois sociétés allemandes dominent le marché européen, dont deux qui fabriquent en Europe. Nous vendons plus que nous achetons en Chine, alors qu'en France très rapidement on va se tourner vers les pays low cost. Or, l'hexagone, c'est le paradoxe, aime les beaux produits. Au niveau industriel, on va trop vite à la facilité, on importe trop vite. Deux très belles sociétés ont arrêté de fabriquer en France et ont été délocalisées en Asie. Les entreprises européennes doivent amener au contraire de la technicité , car pour moi le low cost est dangereux.

Quels sont vos enjeux à l'heure actuelle ? Le recrutement fait-il partie de vos préoccupations comme nombre d'entrepreneurs en Seine-et-Marne ?

Nous recrutons actuellement deux commerciaux. On voit que le marché des cadres se porte mieux et qu'il faut se présenter avec un “beau package” pour recruter des personnes de qualité. C'est plus difficile aujourd'hui que ça ne l'était il y a trois, quatre ans. Mais dire que c'est impossible serait exagéré.

Et du côté des employés moins qualifiés ?

Nous avons aussi des jobs qui requièrent peu de qualifications mais nous cherchons d'abord des personnes sérieuses. Nous faisons beaucoup de formation en interne. Nous sommes beaucoup plus attirés par le savoir-être que par le savoir-faire, et ce, même pour les commerciaux. Le savoir-faire s'apprend. Si vous êtes ouvert, courageux, et avez envie d'apprendre, tout est possible. Nous recherchons plutôt les qualités humaines que les qualités professionnelles en soi, c'est sans doute un luxe que notre secteur d'activité nous offre. Une société de 5-6 personnes, contrairement à nous, doit bien évidemment pouvoir trouver une personne opérationnelle tout de suite.

Quelle est votre principale problématique ?

Je crains surtout que la France continue de se désindustrialiser. Je dépends de l'industrie française. Ce que j'espère, c'est que nous trouvions un équilibre manufacturier. Entre 2000 et 2015, la France s'est fortement désindustrialisée. Avec l'augmentation du chômage, on a compris que le secteur des services ne suffisait pas et qu'il fallait de l'industrie. Il faut réindustrialiser le pays proprement, naturellement, en prenant en compte les enjeux environnementaux. Nous pouvons largement le faire.

Mon deuxième enjeu, c'est de faire face à la concurrence mondiale. Mes produits se transportent facilement par containers. Il faut être très créatif et très lucide sur ce que nous apportons au marché, face, notamment, à la concurrence asiatique. Finalement, aujourd'hui, nous ne vendons pas un produit mais du conseil sur les enjeux de mobilité. Nous devons aider nos clients afin qu'ils nous préfèrent aux marchés asiatiques. Nous devons leur apporter des conseils sur la qualité des produits pour qu'ils les fassent eux-mêmes valoir auprès de leurs clients, comme Carrefour ou Liddl. C'est nous qui devons gérer le stock, nous devons aussi apporter des facilités de financement. De sorte qu'ils puissent se dire : « je préfère travailler avec Tente, une société fiable, et qui a un établissement en France ».

Vous avez participé à la création du Paris Sud Business Club (PSBC). Pourquoi ?

J'évoquais l'industrialisation. Justement, le PSBC est un club pour dirigeant axé sur l'industrie (1/3 d'entreprises de services, 2/3 de l'industrie). Je trouvais ce parti pris très original par rapport à d'autres clubs d'entreprises. Ensuite, les membres ne s'en cachent pas, nous sommes au PSBC pour faire du business. Ce club a également un ancrage local, d'un rayon de 40 à 50 km autour de Cély-en-Bière, de belles histoires se créent ainsi. J'ai moi-même trouvé une entreprise capable de réaliser du traitement de surface pour les roulettes. Il s'agit de la société Protexsur, basée à Saint-Pierre-lès-Nemours.

Le troisième point positif, qui m'est particulièrement cher, ce sont nos intervenants. Nous recevons des personnes très intéressantes, qui ont eu du succès dans leur parcours de vie. Nous n'avons jamais fini d'apprendre. Enfin, le PSBC donne la possibilité d'échanger avec d'autres dirigeants. Tout n'est pas semblable dans nos expériences, mais nous retrouvons beaucoup de similarités face à nos réussites et nos échecs. Ça fait du bien de pouvoir échanger de manière informelle.

Comment voyez-vous le futur du club ?

Le PSBC poursuit sur sa lancée, nous devons le faire connaître, nous montrer patients. Nous avons toujours plus d'invités et de membres chaque mois pour suivre nos conférenciers. Le PSBC regroupe actuellement une vingtaine de membres et à terme nous souhaiterions atteindre 100 personnes. Avec ce total d'adhésions nous devrions pouvoir accueillir toujours plus d'intervenants et d'invités. En définitive, je suis confiant, le club fonctionne très bien dans le Nord et dans l'Est de la France (Le PSBC est le cinquième club franchisé de France selon le modèle imaginé par Olivier Talbert et Olivier Bonneval, créateurs des clubs Artois Business Club, Flandres Business Club et Hainaut Business Club).




MSM REDACTION
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