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Asasap veut revaloriser les services à domicile

Asasap est une plate-forme de mise en relation, basée à Fontainebleau, simplifiant la gestion des services à la personne, aussi bien pour les demandeurs que pour les intervenants. Madjid Hamici, co-fondateur de ce site, explique la philosophie de son projet, qui s'inscrit dans une démarche de revalorisation des services à domicile.
Asasap veut revaloriser les services à domicile
Asasap - De gauche à droite, en cravate, Madjid Hamici et Ugo Haberman.

TerritoiresInfos région Publié le ,

Le Moniteur de Seine-et-Marne : Votre société se situe sur un secteur très porteur.

Madjid Hamici : Ce n’est qu’en partie vrai. La demande existe et, malgré la crise, ce secteur est en croissance, ne serait-ce que pour des raisons démographiques. Néanmoins, le secteur des services à la personne reste peu attractif pour les intervenants, qui passent à autre chose dès qu’ils en ont l’opportunité. On reste donc dans une logique de petits boulots et de travail au noir ou de travail gris (c’est-à-dire un peu en déclaré et un peu en non déclaré). A cet égard, 2013 a été une année catastrophique, avec un niveau record de travail au noir. Avec Asasap, nous voulons proposer un nouveau modèle en professionnalisant le secteur et en revalorisant les services à domicile, pour arriver à un niveau de responsabilité et d’engagement bien plus important qu’aujourd’hui. Nous sommes actuellement opérationnels en Ile-de-France et prévoyons une couverture nationale à partir d’octobre. En outre, nous avons engagé un programme de recherches, en relation avec le Conservatoire national des arts et métiers.

MSM : Pourriez-vous apporter quelques précisions sur cette recherche scientifique dont Asasap fait l’objet ?

M. H. : Il s’agit essentiellement de recherches sociologiques, menées par Chantal Drancourt, directrice de recherche au CNAM de Paris, très impliquée dans l’étude des problèmes sociétaux. Le programme de recherches vise à mettre en place sous forme de « laboratoires » – qui peuvent, par exemple, prendre la forme de coopératives – de nouveaux modes d’organisation du travail dans ce secteur. In fine, il s’agit de réfléchir à la façon dont le numérique peut s’insérer dans les services de la vie quotidienne et répondre de manière concrète à la dynamisation des territoires, en particulier sur le terrain de l’emploi et de l’insertion professionnelle. Deux expérimentations sont actuellement en préparation, l’une en Seine-Saint-Denis et l’autre en Seine-et-Marne. Cette approche locale est très importante pour nous car nous souhaitons nous adresser à tous, même à ceux qui ne surfent jamais sur le web. Il s’agit de créer des points relais Asasap, où les personnes en recherche d’intervenants pourront être écoutées et conseillées.

MSM : Quel est actuellement le profil des intervenants ?

M. H. : Nous trouvons des professionnels ayant des agréments, ayant souvent fait une démarche qualité (certification Afnor par exemple) ; nous trouvons également, et ce sont les plus nombreux, des non-professionnels. Nous voudrions qu’ils soient reconnus par rapport à leur prestation et puissent en vivre pleinement. Avec Asasap, nous les incitons à se mettre à leur compte (avec un statut d’auto-entrepreneur ou d’EURL par exemple). Si le prix horaire du service est de l’ordre de 20 €, nous trouverions normal qu’ils perçoivent 16 à 17 €. Pour arriver à ce résultat, il faut s’inscrire dans une démarche de professionnalisation et de déclaration. Le statut d’auto-entrepreneur nous semble particulièrement adapté. Intéressant sur le plan fiscal, il permet d’avoir en parallèle une autre activité.

MSM : Quels sont les avantages fiscaux spécifiques des services à la personne ?

M. H. : Le secteur est encadré par la loi Borloo du 26 juillet 2005. Un décret a fixé la liste des 21 activités de services à la personne ouvrant droit aux avantages de cette loi Borloo. Il s’agit de services proposés exclusivement aux particuliers et délivrés à leur domicile. Les services qui ne figurent pas dans la liste ne sont pas éligibles aux avantages de la loi Borloo. Ainsi, si vous appelez un plombier pour une fuite dans votre salle de bains, vous n’êtes pas dans le cadre de la loi Borloo. Vous pourrez certes utiliser Asasap pour trouver un plombier, mais vous ne bénéficierez d’aucun avantage fiscal ou parafiscal.

Pour ce qui est des avantages fiscaux, le plus important concerne la réduction d’impôts à hauteur de 50 %% des sommes payées dans l’année par le bénéficiaire des services. Le deuxième avantage est que le particulier, qui peut être employeur de celui qui intervient à son domicile, va bénéficier à ce titre d’une exemption de charges patronales. Cet avantage avait été supprimé, mais le gouvernement envisage de le rétablir. À Asasap, nous sommes plutôt défavorables à ce système car nous estimons qu’un particulier n’a pas vocation à être employeur. D’ailleurs, nous observons que cette situation crée de plus en plus de litiges prud’homaux. Enfin, certains services bénéficient de taux réduits (5,5 ou 10 %%) de TVA. Finalement, compte-tenu de ces avantages ainsi que des risques du travail au noir, nous expliquons au particulier qu’il n’a pas intérêt à employer une personne sans la déclarer.

MSM : L’avantage du bouche à oreille pour trouver un prestataire est d’avoir une certaine garantie sur le sérieux de son travail. Envisagez-vous, sur votre site, une rubrique de commentaires sur la qualité du service?

M. H. : Nous avons effectivement prévu une évaluation dans les deux sens : de l’intervenant par le bénéficiaire, mais aussi du bénéficiaire par l’intervenant, sur différents critères (par exemple, conformité du prix payé avec le prix convenu). Ces différents critères seront pondérés et Asasap jouera le rôle de modérateur, à la fois sur le web et dans nos points relais.

MSM : Votre société est jeune. Vous êtes vous lancés dans des démarches pour obtenir des aides ou participer à des prix réservés aux jeunes créateurs d’entreprise ?

M. H. : Aujourd’hui, nous n’avons encore lancé aucune démarche de ce type. Avec mon associé, Ugo Haberman, nous avons déjà créé une première start-up, et nous savons que partir à la recherche d’aides est très chronophage. Aussi avons-nous préféré nous concentrer sur le développement de notre société. Cela dit, nous allons maintenant entrer dans une phase de lancement, avec des créations d’emplois, et nous allons certainement avoir besoin d’aides.

MSM : Avez-vous des contacts avec des organismes officiels ou des collectivités qui pourraient être intéressés par votre projet. ?

M. H. : Des discussions sont en cours avec différents acteurs et partenaires. Nous sommes également en contact avec de grosses collectivités locales ainsi qu’avec d’autres donneurs d’ordres, comme des assureurs. Notre message est clair : nous voulons professionnaliser le secteur et proposer des services de proximité et de qualité où la valeur ira aux intervenants.

Propos recueillis par Claude Thimonier

Un secteur en plein essor

Avec 1,2 million de personnes âgées dépendantes en 2013, et une population française qui continue de vieillir, les besoins en services à domicile augmentent au fil des ans. Le marché de l’aide à domicile représente aujourd’hui près des deux tiers du marché des services à la personne et les métiers de l’aide à domicile connaissent une croissance de plus de 10 %% par an depuis dix ans. Selon l’observatoire Bipe, le secteur des services à la personne est celui qui a connu le plus fort taux de croissance annuel moyen depuis 2005 dans l’économie française. Trois indicateurs illustrent cette tendance : le nombre de structures agréées de services à la personne est passé de 5 500 en 2005 à 28 600 en 2011 ; le nombre d’heures travaillées dans le secteur des services à la personne est passé de 1 210 à 1 820 millions entre 2005 et 2011 ; enfin, le nombre d’aides à domicile et ménagères dans les services à la personne est passé de 286 000 en 1997 à 537 000 en 2010.

Selon les estimations de l’Insee, le secteur des services à la personne représente 70 000 emplois et est caractérisé par une féminisation massive, un âge élevé et surtout un temps de travail réduit, ce qui amène les salariés à multiplier les contrats, voire à travailler en dehors du secteur. Dans ces conditions, l'accroissement probable du nombre de demandeurs dans les années à venir risque d’augmenter le volume global de travail sans nécessairement se traduire par de fortes créations de postes.

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