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Arnaud Charle : « Nous rentrerons en 2018 dans un cycle de reprise durable en Île-de-France »

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Arnaud Charle : « Nous rentrerons en 2018 dans un cycle de reprise durable en Île-de-France »
© MSM - Arnaud Charle, directeur général d'A2C Matériaux, sur le site A2C Préfa de Sivry-Courtry.

Intégré en 1993 au sein de l'entreprise familiale de BTP et travaux publics, nommée aujourd'hui A2C Matériaux, Arnaud Charle en est le directeur général. Composée des trois branches autonomes A2C Granulat, A2C Béton et A2C Préfa, la structure regroupe 320 personnes, produisant 1,2 million de tonnes par an de matériaux alluvionnaires et calcaires en Île-de-France et fournissant 20 % de la demande régionale en prédalles et prémurs. Arnaud Charle évoque l'historique d'une structure ayant réussi à traverser chaque étape difficile pendant plus de cinquante ans, pour notamment contribuer aux chantiers du Stade de France, des tours Cœur Défense et T1, de l'Hôpital sud francilien, ou encore du satellite S4 de l'aéroport de Roissy.

Quelle a été la genèse de votre entreprise ?

Cette entreprise familiale a débuté en 1961. Mon grand-père, André Charle, souhaitait installer un de ses fils encore mobilisé en Algérie. Il a donc acheté une petite société d'exploitation de carrière, qui était basée à Saint-Sauveur-lès-Bray dans la vallée de la Seine et employait trois collaborateurs. Mon père, Jacques Charle, démobilisé quelques mois plus tard, a rejoint et dirigé cette entreprise, qui, en 1964, est devenue les Sablières de Saint-Sauveur-lès-Bray.

Mon père a su rapidement trouver des partenaires financiers pour investir. Au départ, les camions étaient chargés à la pelle ! Nous avons bénéficié du développement du réseau routier de Seine-et-Marne pour servir un trafic plus important. L'entreprise a investi dans des installations permettant la production de graves routières, le vecteur principal de notre développement. En effet, depuis le milieu des années 1970, nous étions titulaires du marché triennal de fourniture de graves traitées pour le Sud du département. La production annuelle a atteint 300 000 tonnes. Ces marchés qui ont permis l'essor de notre société n'existent plus à ce jour, les graves traitées ayant été substituées par des matériaux recyclés.

Ma mère, Anne-Marie Charle, aujourd'hui présidente d'A2C Matériaux, se chargeait des tâches administratives, avant le décès accidentel de mon père en 1978. Elle a fait le choix courageux de reprendre la direction de cette entreprise et de poursuivre son développement.

Ce défi intervient dans un contexte difficile, celui des chocs pétroliers, il a finalement été relevé avec succès. Anne-Marie Charle a ouvert une nouvelle exploitation à Nogent-sur-Seine en 1983, pour, entre autres, accompagner les travaux de la centrale nucléaire.

C'est à cette période que vous intervenez ?

J'ai moi-même rejoint l'entreprise en 1993 dans une conjoncture difficile, l'essentiel de notre activité reposait sur les ventes de nos produits historiques : les graves traités et les granulats (notamment pour la fabrication de parpaings, mode constructif dominant de l'époque). L'usage des produits phares de l'entreprise était en déclin. Il était nécessaire de se remettre en cause et de trouver de nouveaux débouchés afin de pérenniser l'entreprise.

Comment avez-vous traversé les différentes crises ayant notamment affecté le bâtiment ?

À la fin des années 1990, nous avons l'opportunité de racheter des sociétés de préfabrication. Sotecoba en 1997, puis Corbeil Prédal un an plus tard. Ces deux acquisitions nous ont donné une assise technique suffisante pour nous imposer sur le marché et répondre aux exigences de nos clients. En 2007, nos différentes activités sont regroupées au sein d'A2C Matériaux.

À partir de 1998, l'activité reprend jusqu'à la crise financière de 2008 qui dès 2009, provoque une forte baisse de la demande. Nous avons profité de cette période de croissance pour compléter notre gamme d'éléments préfabriqués. Le plan de relance du président Nicolas Sarkozy permet d'entrevoir une légère reprise d'activité en 2011. À cette période, nous investissons dans la construction d'une usine de prémurs, avec la conviction que ces éléments répondraient à l'évolution de la demande et afin de proposer un système constructif complet à nos clients.

Le répit est de courte durée. D'une part, la crise de l'euro en 2011, conséquence de la crise financière de 2008, qui a conduit les États à s'endetter massivement, génère une baisse drastique de la commande publique, alors que nos matériaux sont très largement destinés aux bâtiments publics. D'autre part, la loi Alur, provoque un effondrement de l'investissement privé dans le logement. La demande baisse fortement en 2014 et 2015.

Le Conseil départemental a visité le site A2C Préfa de Sivry-Courtry en juin dernier. Maryline Laporte, maire de Sivry-Courtry, Arnaud Charle, Jean-Jacques Barbaux, président du conseil départemental, Anne-Marie Charle, présidente d'A2C Matériaux, Jean-Louis Thieriot, conseiller départemental.

Dans quelle mesure pensez-vous tirer profit des travaux liés au Grand Paris ?

Ce projet, ainsi que la reprise de la construction consécutive, va générer un besoin supplémentaire de 6 millions de tonnes de granulats par an en Île-de-France pour au moins une quinzaine d'années. On peut donc imaginer que les entreprises disposant de gisements de bonne qualité et de proximité pourront bénéficier de cette reprise. Pour A2C, le vrai démarrage des travaux du Grand Paris Express commence cet automne. Avec Notre nouvelle installation de la carrière de Pécy, qui permet de valoriser dans l'usage béton un gisement conséquent de calcaire de Champigny, a d'ailleurs été retenue pour fournir une usine de production de voussoirs qui est en cours de montage à Limoges-Fourches.

Quelle est votre position sur l'apprentissage et la formation de manière générale ?

Dans la filière des matériaux, nous sommes très heureux d'avoir le lycée technique des Pannevelles, à Provins. Cela incite beaucoup de jeunes de notre secteur à s'orienter vers la filière des matériaux. La présence de cet établissement nous permet de recruter localement du personnel qualifié. Cela va des conducteurs d'engins aux dessinateurs projeteurs, nous employons 25 dessinateurs projeteurs à côté de Melun qui sont pour la plupart issus de ce lycée.

Ce bassin d'emploi est également adapté à l'ouverture prochaine de votre usine de prémurs ?

Nous allons effectivement faire un investissement significatif avec la construction d'une usine de prémurs à Bray-sur-Seine, qui va permettre la création d'une centaine d'emplois. Le fait d'avoir un lycée technique à Provins conforte notre choix, cela nous permet d'embaucher des jeunes qualifiés. La proximité du marché francilien et des granulats de la vallée de la Seine est également un atout structurant pour ce projet.

Il permet en outre d'apporter de la valeur ajoutée dans les territoires à proximité des gisements. Une tonne de granulats vendue à Paris génère 20 euros de valeur ajoutée pour le territoire ; dans le cas du prémur, c'est 400 euros la tonne. La différence, ce sont notamment nos investissements et les emplois créés. La maquette numérique, qui va imposer aux architectes et aux constructeurs de modéliser leurs bâtiments, ainsi que les nouvelles réglementations environnementales, vont contribuer au développement des éléments préfabriqués dans la construction en substitution du béton coulé sur les chantiers.

Quelle place prend cette activité aujourd'hui dans votre entreprise ?

Le béton prêt à l'emploi, qui représente aujourd'hui 15 % de notre chiffre d'affaires, reste une activité secondaire. Notre vocation est plutôt de vendre des granulats locaux à des producteurs de bétons dans le respect d'une logique de circuits courts, et de poursuivre le développement de nos systèmes constructifs au travers de notre activité de préfabrication.

La reprise est donc installée ?

Les perspectives du Grand Paris Express, des Jeux olympiques de 2024, de l'Exposition universelle de 2025 et la volonté d'ADP (Aéroports de Paris) d'accroître de 30 millions de passagers les capacités de Roissy à horizon 2025, sont de bonnes nouvelles. Dans une dizaine de mois, nous assisterons probablement à un redémarrage de la construction dans l'immobilier de bureaux, les bâtiments industriels et les bâtiments publics. Il y a tellement de signaux positifs, qu'il est possible d'affirmer que nous rentrerons en 2018 dans un cycle de reprise durable en Île-de-France.

Dates clés
2007: Les activités sont regroupées au sein d'A2C Matériaux
1993 : Arnaud Charle rejoint l'entreprise
1978: Anne-Marie Charle poursuit l'activité après le décès de Jacques Charle
1964: La SARL Sablières de Saint-Sauveur-lès-Bray est constituée




Quentin CLAUZON
Journaliste

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