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Aline Hellias, Maire de Sivry-Courtry : « J’apprends tous les jours »

Âgée de 37 ans et sans étiquette politique, cette ancienne cadre bancaire appartient à la nouvelle génération d’élus locaux.
Aline Hellias, Maire de Sivry-Courtry : « J’apprends tous les jours »
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ActualitéGrand témoin Publié le , Propos recueillis par Farid Zouaoui

Depuis 2020, Aline Hellias est maire de Sivry-Courtry, petite commune de 1 155 habitants située près de Melun. Elle concilie avec bonheur ce mandat électif avec son activité professionnelle (responsable d’un atelier de décoration florale à Bois-le-Roi). Elle évoque son engagement à la fois politique et entrepreneurial.

Pourquoi vous êtes-vous engagée en politique ?

Lorsqu’il s’agit d’une petite commune ou d’un village comme le mien, je n’appelle pas cela de la politique. Avec mon équipe, nous avons d’ailleurs choisi d’être apolitiques, lors des élections municipales en 2020. Si je me suis engagée, c’est parce que j’aime être le “moteur” et essayer de changer ou d’améliorer les choses. Lorsque l’on est élu de son village, on pense au bien-être et à la protection de celui-ci, ainsi qu’au bien vivre de ses administrés. Ce sont mes principales motivations.

Que vous inspire la nomination d’une femme, Élisabeth Borne, au poste de Première ministre ?

Je n’ai pas forcément “d’inspiration” à ce type de nomination. Je trouve cela très bien, mais je ne suis pas dans l’extrême féminisme que l’on peut observer dans les médias et qui a pour but de proclamer haut et fort que la femme doit absolument être au pouvoir. Si Élisabeth Borne a été nommée, c’est qu’elle possède les compétences et a prouvé, par ses précédentes fonctions ministérielles, qu’elle était capable d’occuper ce poste. Je suis fière pour elle. Elle le doit à son travail, que l’on soit d’accord ou non avec son programme.

Comment vivez-vous cette période intense sur le plan électoral ?

C’est un moment assez prenant. L’organisation, les délais courts à tenir administrativement, le manque d’information, parfois, de la préfecture et les choses à faire en dernière minute : tout cela n’est pas évident. Pour le reste, je ne me sens pas forcément impactée et je ne subis pas de pression de la part de certains partis. Mais il faut avouer que nous sommes plutôt éloignés de ce monde-là.

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Les territoires et la ruralité sont-ils enfin devenus des enjeux politiques ?

Concernant le territoire auquel appartient ma commune, notre député actuel (Jean-Louis Thiériot, LR) est très présent. C’est une personne qui fait bouger et remonter les choses et se préoccupe de notre quotidien. En revanche, politiquement et en ce qui concerne le Gouvernement, c’est non ! Aujourd’hui, la ruralité se perd. C’est d’ailleurs assez effrayant, même si j’entends les enjeux économiques ou écologiques. Je vois, par exemple, le nombre croissant de constructions augmenter de toute part. Oui, il faut du logement, mais pas n’importe comment. On construit à tout va ! Les gens vendent leurs parcelles de terrain, parfois d’à peine de 200 m2, pour y construire une habitation. Pour moi, ce n’est pas ça la ruralité. Je vais même plus loin : le Gouvernement facilite les constructions par milliers, mais il ne pense pas aux structures non adaptées des communes. Les écoles, les collèges, les lycées et même la restauration scolaire ne sont plus adaptés et les communes ne peuvent pas suivre financièrement. Je peux également parler des éoliennes. Certes, elles peuvent constituer une alternative aux problèmes énergétiques, mais on les installe au milieu des champs, non loin des habitations. En revanche, vous n’en trouverez jamais autour d’une autre grande ville…

Pourquoi avez-vous décidé d’avoir une activité professionnelle prenante parallèlement à votre fonction de maire ?

Je l’avais décidé avant même de me présenter aux Municipales. Cela s’est fait naturellement et à tête reposée. Ce choix a pris plusieurs semaines avant d’être acté. C’est lors de mon congé maternité que j’ai décidé de lancer ma micro-entreprise, puis d’ouvrir ma boutique en août 2020.

Être maire et entrepreneuse à la fois, c’est compatible ?

Bien sûr ! Je pense en être la preuve aujourd’hui. De toute façon, il serait difficile de vous répondre négativement. Le maître mot, c’est “organisation”. Il est clair que la fatigue mentale est très présente. Notre cerveau ne s’arrête jamais, mais lorsque j’arrive en mairie, je fais totalement abstraction de mon métier d’artisan et inversement. Pour le quotidien, j’ai un mari qui arrive, avec son emploi du temps, à m’aider.

Vous avez déclaré vouloir « être actrice de votre vie ». Pourquoi ?

Parce que je ne veux surtout pas être spectatrice ! On a tous des moments d’incertitude ou de peur et je me refuse à rester enfermée dans ce tourbillon. Même si, bien sûr, il m’arrive d’avoir peur,
je reste positive au maximum avec l’espoir et l’envie que cela marche. Lorsque je rencontre des moments de doute, je cherche une solution et je me remets en question. Souvent, après une bonne nuit de sommeil, je repars plus motivée et prête à combattre ce qui peut se présenter sur mon chemin.

Maire d’un village demeure-t-il le plus beau des mandats ?

Je ne sais pas, car je ne connais que ce poste aujourd’hui. Mais oui, c’est un beau mandat. J’adore ce que je fais, même si cela n’est pas toujours facile au quotidien. J’apprends tous les jours, je m’enrichis et j’essaie d’apporter le meilleur de moi-même.

Quels sont les principaux projets que vous portez depuis maintenant deux ans ?

J’ai apporté un certain renouveau, probablement dû à mon âge et à mon caractère dynamique. Tout d’abord, en matière de numérique, j’ai mis en place un serveur pour l’archivage de tous nos documents, afin de diminuer l’impact papier très intense. La signature électronique me permet ainsi de valider des documents à distance. Par ailleurs, notre commune n’avait plus de boulangerie suite à une cessation d’activité. Nous avons donc racheté le local pour y installer un nouveau boulanger. C’est un très gros dossier, mais qui fait notre fierté. Nous avons décidé également de rénover l’école élémentaire qui était très vétuste, ainsi que d’aménager et de sécuriser les abords des deux écoles du village.

Justement, le trafic routier est un dossier sensible. Où en êtes-vous ?

C’est un projet qui me tient très à cœur et que nous avons soulevé dès notre élection. Il faut savoir que la commune est divisée par une départementale, dont le nombre de passages est d’environ 16 300 véhicules par jour. Une seconde départementale traverse la partie sud du village avec, aux horaires de pointe, des problématiques de circulation et des bouchons assez importants. On parle de nuisances, mais surtout de sécurité, car on se situe au niveau du centre bourg et à côté des écoles. Le Département a mis en place un comptage en janvier 2021 sur des accès passants. Le verdict est tombé et nous sommes face à une réelle problématique qui va s’amplifier dans les années à venir, en raison de l’augmentation de la population seine-et-marnaise. J’ai interpellé notre député Jean-Louis Thiériot, qui me soutient et m’aide à trouver une solution. Notre prochain rendez-vous avec le Département aura lieu dans le courant du mois de juin.

Comment imaginez-vous votre avenir en politique ?

Pour le moment, je n’y pense pas. J’aspire à trouver un meilleur équilibre entre mes deux fonctions, mais je ne suis pas fermée à de nouvelles expériences dans le futur. Le temps le dira…

De la banque aux fleurs

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Durant cette période de fête des mères, Aline Hellias n’a pas chômé. Sa boutique de décoration florale, baptisée “L’Atelier My Bloom“ et située à Bois-le-Roi, a, en effet, connu une intense activité, mais l’édile de Sivry-Courtry a réussi à faire face à cette surcharge de travail.

Après dix années passées dans le milieu bancaire, l’ancienne directrice d’une agence de la Société Générale a décidé de tout lâcher en 2016 pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Son projet s’est concrétisé quatre ans plus tard, en pleine crise sanitaire. Mais il en fallait davantage pour doucher l’enthousiasme et freiner les ardeurs d’Aline Hellias. D’autant que sa reconversion professionnelle a été agrémentée d’une victoire aux élections municipales. Ce double défi, la “maire-entrepreneuse“ de Sivry-Courtry parvient finalement à le relever avec un bonheur certain.

L’Atelier My Bloom : 1, avenue Galliéni, Bois-le-Roi. Tél. : 01 64 52 04 33. Ouvert du mardi au samedi (9h30-19h) et le dimanche (9h30-13h).

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