AccueilGrand témoinNathalie Baudin-Vervaecke : « Promouvoir le rôle et l'activité des avocats »

Nathalie Baudin-Vervaecke : « Promouvoir le rôle et l'activité des avocats »

Depuis le 1er janvier, cette avocate expérimentée est le nouveau bâtonnier du barreau de Meaux. Élue en juin dernier, elle a pris la succession de sa consœur, Maître Sandrine Vergonjeanne. Durant ce mandat de deux ans, Maître Nathalie Baudin-Vervaecke entend imprimer sa personnalité et sa méthode au service de sa profession et des justiciables. Si l'année 2020 a laissé des traces dans les cabinets d'avocats, d'abord en raison du bras de fer engagé avec le Gouvernement à propos de la réforme des retraites, puis de la crise sanitaire, 2021 doit être l'année du renouveau. C'est le vœu de la nouvelle cheffe de file des avocats de Meaux.
Nathalie Baudin-Vervaecke : « Promouvoir le rôle et l'activité des avocats »
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Pouvez-vous nous tracer votre parcours professionnel ?

J'ai obtenu mon certificat d'aptitude à la profession d'avocat à Versailles en 1994. Je suis arrivée au barreau de Meaux en 1995 pour effectuer mon stage de deux ans au sein du cabinet de Maître Hélène Ferrari. Ensuite, je me suis installée individuellement avec une spécialisation en droit du travail et Sécurité sociale, même si mon activité reste pluridisciplinaire. J'ai récemment obtenu un diplôme universitaire de médiatrice, ce qui ajoute une activité accessoire à mon exercice professionnel.

Pourquoi avez-vous souhaité postuler au bâtonnat du barreau de Meaux ?

Je suis fière d'appartenir à ce barreau au sein duquel j'évolue depuis ma prestation de serment le 6 janvier 1995. J'ai toujours eu à cœur d'œuvrer pour la défense des intérêts de notre profession et, plus généralement, des droits et libertés. J'ai pu mettre en pratique mes compétences au service de cette profession au cours de mes deux mandats au Conseil de l'Ordre qui se sont achevés en 2020. Durant cette période, je me suis décidée à observer ce qui pourrait être mis en place pour regagner la confiance des justiciables et élargir nos champs de compétence.

Quelle est votre feuille de route et quel message comptez-vous faire passer ?

J'entends exploiter toutes les possibilités pour promouvoir le rôle, l'activité et la présence des avocats du barreau de Meaux et même au-delà. Les avocats ont un rôle de conseil qui peut dénouer bien des difficultés. Mon projet s'inscrit dans une démarche prospective. Il se manifestera par des actions, dont l'efficacité passera par un élargissement de notre champ d'intervention, mais aussi par le maintien de nos compétences face aux multiples réformes. Les avocats du barreau de Meaux sont issus pour la plupart de l'école de formation du barreau de Paris. Pourtant, de nombreuses entreprises ou les particuliers se tournent vers nos voisins parisiens issus de la même école. Ceci est peu compréhensible, car à Meaux, nous offrons une justice de qualité et de proximité. Je souhaite développer l'information de nos compétences auprès des acteurs économiques de notre ressort, mais également des particuliers.

Les derniers mois ont été intenses avec, notamment, les grèves contre la réforme des retraites.
Comment se porte votre barreau ?

Il a été actif contre le projet de réforme des retraites avec un mouvement suivi, mais qui a plongé de nombreux cabinets dans la difficulté, car l'activité plaidante a été quasiment arrêtée. Notre barreau a été affecté. L'activité a repris toutefois dans certains secteurs permettant à des cabinets de ne pas s'effondrer. Les quelques aides accordées ont été demandées dès que les conditions étaient réunies. Elles restent toutefois insuffisantes. Le bilan de cette année sera catastrophique pour la plupart des cabinets. Il va falloir être vigilant et venir en aide par un soutien moral et/ou financier aux confrères dans les prochains mois.

Quel est l'impact de la crise actuelle sur les cabinets ?

Le premier confinement a aggravé la situation. Heureusement, depuis mi-mai, l'action commune menée par mon prédécesseur et par le président du tribunal, pour maintenir une activité, a permis d'atténuer certains effets. Il reste cependant des secteurs profondément affectés du fait de l'arrêt de l'activité économique. Le barreau de Meaux a été particulièrement touché en matière de droit des affaires, car de nombreux secteurs économiques sont à l'arrêt.

Le déficit d'attractivité de votre barreau pourrait-il s'accroître et craignez-vous que le nombre d'avocats s'en trouvera modifié ?

Les jeunes avocats se détournent des barreaux périphériques, dont celui de Meaux. Pourtant, plusieurs cabinets cherchent des collaborateurs. Quatre nouveaux confrères ont prêté serment le 2 décembre. Meaux reste accueillant. Nous nous maintenons à un effectif proche de 200 avocats en activité.

Comment jugez-vous le fonctionnement des services de la justice et vos relations avec les magistrats se sont-elles améliorées ?

Le confinement a permis d'œuvrer de concert pour chercher des solutions, afin que l'activité juridictionnelle continue. Mais cela ne s'est pas effectué sans difficulté, car la crainte de la maladie conduisait à une méfiance vis-à-vis des avocats. Notre mouvement contre la réforme des retraites a parfois été incompris et il a pu ternir les relations avec certains magistrats, les obligeant à renvoyer des dossiers. Mais une amélioration est intervenue, même s'il reste à parfaire cette évolution. Les avocats sont des auxiliaires de justice et entendent contribuer à la bonne marche de la justice dès lors qu'ils sont respectés.

Quel bilan tirez-vous de la réforme ayant transformé les anciennes juridictions en tribunaux judiciaires ? L'activité du quotidien a-t-elle été modifiée ?

La fusion des tribunaux, préparée ces dernières années et mise en application sous le précédent bâtonnat, a donné lieu à de nombreuses réunions entre les magistrats et le barreau. La crainte était l'éloignement des lieux de justice, mais à Meaux, nous sommes épargnés. Nous allons même assister prochainement au développement d'une justice de proximité dans le ressort de Meaux, conséquence de la politique du nouveau ministre de la Justice.

Justement, comment jugez-vous l'action d'Eric Dupond-Moretti près de six mois après sa nomination ?

Il va sans doute nous annoncer des réformes dans les prochains mois. Il a reçu des conclusions de plusieurs études lancées par son prédécesseur et par lui-même. Mais d'ores et déjà, les instances de notre profession sont mobilisées pour défendre nos intérêts. Nous sommes attachés à l'indépendance et à la confidentialité de nos échanges. Le Conseil national des barreaux a ainsi rappelé que le ‘secret professionnel de l'avocat permet de garantir aux justiciables la confidentialité de leurs échanges avec leur conseil, et qu'il est la condition première de l'exercice de la profession d'avocat dans une société démocratique, en ce qu'il permet une relation de confiance indispensable à l'accomplissement de la mission de conseil et de défense.

La présentation du budget va donner des moyens à la justice et pas seulement à destination des prisons comme avec le budget précédent. Des recrutements sont annoncés avec un développement de la justice de proximité. La juridiction de Meaux va bénéficier de personnel supplémentaire, ce dont nous nous réjouissons. Cela aura pour effet de réduire les délais.

Quel regard portez-vous sur le débat autour de l'aide juridictionnelle et le manque de budget dénoncé par le Conseil national des barreaux ?

La justice manque cruellement de moyens humains et matériels. Le budget pour la justice a été augmenté pour 2021 et une grande partie sera consacrée au fonctionnement des tribunaux.

Le barème de l'aide juridictionnelle doit être revalorisé et il va l'être apparemment. Les avocats se battent régulièrement pour sa revalorisation. Certaines matières permettent l'octroi de deux UV (soit 32 x 2 = 64 euros), alors que l'avocat va consacrer plusieurs heures à préparer le dossier et exercer les droits de la défense. Les avocats du barreau de Meaux ont signé des conventions en vue d'améliorer la qualité des services rendus au justiciable dans le secteur assisté. Cela permettra d'obtenir des dotations plus importantes.

L'activité du Conseil départemental d'accès au droit et des consultations gratuites va-t-elle s'intensifier durant cette période où la pauvreté augmente ?

Le barreau de Meaux a poursuivi les permanences concernant les consultations gratuites durant ces derniers mois, par téléphone principalement. Nous allons maintenir ces consultations et nous les reprendrons en présentiel dès que cela sera possible.

Les tribunaux judiciaires recrutent actuellement des conciliateurs de justice bénévoles. Que pensez-vous de cette fonction ?

La réforme de la procédure civile oblige les demandeurs à chercher une solution amiable avec le défendeur avant de saisir le tribunal compétent.

Il existe un manque flagrant du nombre de conciliateurs, ce qui allonge les délais permettant de saisir la juridiction. La conciliation n'est pas le seul mode de règlement amiable de litiges. Les parties peuvent faire aussi appel à un médiateur.

192 avocats au Barreau de Meaux

Les juridictions administrative et judiciaire de Seine-et-Marne comptent trois barreaux d'avocats (Fontainebleau, Meaux et Melun). Avec 192 avocats, répartis sur tout le Nord du département et exerçant dans le ressort du TGI de Meaux, le barreau de Meaux est le plus important. Il est administré par l'Ordre des avocats, qui est chargé de la défense, de la régulation et de la promotion de la profession. Cet organisme est dirigé par un bâtonnier dans le cadre d'un Conseil de l'Ordre, organe délibérant, législatif et disciplinaire du barreau. Le bâtonnier est le représentant des avocats auprès de lÉtat, des juridictions, des institutions et du grand public. Garant également de la déontologie professionnelle, il intervient au titre de conseil et d'arbitre. Il traite, entre autres, les réclamations entre clients et avocats du barreau, les différends entre confrères et la nomination des avocats commis d'office. A Meaux, le Conseil de l'Ordre est composé de 18 membres élus par leurs pairs pour une durée de trois ans.

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