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Jean-Marc Banquet d'Orx « Nous devons remettre en état nos entreprises »

le - - Actualité - Grand témoin

Jean-Marc Banquet d'Orx « Nous devons remettre  en état nos entreprises »
@ DR

Jean-Marc Banquet d'Orx est le président général de l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) Île-de-France. Il dirige le groupe Longitude Hotels, qui compte 11 établissements trois et quatre étoiles en France, dont trois sont situés en Île-de-France (deux hôtels trois étoiles à Paris, le Best Western Montcalm et le Classics Hôtel Bastille, et un hôtel quatre étoiles, le Château de Sancy, en Seine-et-Marne). Il revient sur la période de confinement, durant laquelle la quasi-totalité des hotels ont fermé et sur le classement en orange de la Région, largement contesté par la profession. Selon Jean-Marc Banquet d'Orx, la période qui s'ouvre sera un temps de « convalescence » pour les entreprises du secteur. « Nos entreprises ont été véritablement choquées, blessées et nous devons les remettre en état », assure le président général de l'Umih Île-de-France.

Dans quelle situation vous trouviez-vous avant le confinement  ?

Nous ressentions déjà, depuis début janvier, la perte des clients chinois, qui viennent habituellement faire leurs achats à Paris ou à Marne-la-Vallée lors des soldes. Cet effet s'est accru au fur et à mesure que l'épidémie a progressé jusqu'à ce que nos établissements ferment le 14 mars; le confinement empêchant d'accueillir qui que ce soit. Quelques hôtels sont restés ouverts à la demande du Gouvernement, pour accueillir des soignants, voire pour libérer les lits d'hôpital destinés aux patients non touchés par le nouveau coronavirus.

Quels étaient les taux d'occupation à cette époque ?

Ceux d'une période hivernale, durant laquelle l'activité n'est pas exceptionnelle. Nous vivons lors de ces périodes des tensions de trésorerie que nous avons l'habitude de reconstituer entre mars et juin. Or, cette année nous les avons résorbées grâce aux aides gouvernementales, BPI en tête, qui a garanti, via l'Etat, les besoins en trésorerie des entreprises.

Comment s'est organisée l'Umih Île-de-France ?

Nous avons mis les bouchées doubles pour répondre à toutes les questions posées par nos adhérents. Nous n'avons, d'ailleurs, jamais eu autant de nouveaux membres. Beaucoup d'entre eux ont suivi nos messages et ont bénéficié d'une assistance par le biais de nos bureaux, qu'il s'agisse de celui de Paris ou de celui de Fontainebleau. Nos équipes ont véritablement été sur la brèche au quotidien, en présentiel puis en télétravail, et ce, à temps complet.

Comment avez-vous personnellement géré la crise ?

Nous avons fermé tous nos hôtels, comme beaucoup d'entreprises, dont notre adhérent le plus important, Disneyland Paris. Ce qui a entraîné la fermeture en chaîne de tous les établissements basés autour de Marne-la-Vallée. Les adhérents qui s'en sont sortis sont ceux qui ont pu maintenir une activité dans le cadre des gîtes.

Certains sont déjà adhérents…

Oui et d'autres ont adhéré durant cette période. Ils reconnaissent notamment le travail que nous avons accompli auprès des compagnies d'assurance et le message que nous avons passé au sujet de la reconnaissance de « l'état de catastrophe naturelle ».

Nous avons, par ailleurs, travaillé d'arrache-pied avec nos juristes, pour créer une nouvelle clause qui figurera dans nos prochaines polices d'assurance. Elle serait amenée à être activée en cas de nouvelle épidémie.

Vos adhérents ont accédé facilement aux aides mises en place ?

Même s'il y a eu, au début, beaucoup de confusion, je dois reconnaitre que la BPI a fait un excellent travail. Nous avons aidé tous nos adhérents à atteindre les moyens de trésorerie dont ils avaient besoin pour faire face ; ou pour activer le chômage partiel. Nous avons également traversé quelques difficultés avec la Direccte qui ont été résolues relativement rapidement.

Il y a eu, de manière générale, un très bon dialogue avec les autorités, un très bon retour. Thierry Coudert, préfet récemment installé en Seine-et-Marne, a réagi avec autorité, nous a soutenus et nous a donnés les moyens d'agir.

Et s'agissant de l'emploi ?

Nous avons a conservé tout notre personnel comme beaucoup de nos collègues. Nous avons pris cet engagement, puisqu'il était lié au chômage partiel. Nous avons joué le jeu comme l'Etat. Les équipes sont prêtes à redémarrer, il n'y a que l'enthousiasme qui ne sera pas débordant tant qu'il faudra faire un sourire à travers un masque et/ou une visière. L'atmosphère n'est plus la même. Notre souci, c'est aussi de pouvoir maintenir ce sens de la convivialité, maître-mot de nos métiers, pour raconter par exemple l'histoire d'un plat, d'un lieu, etc. Or, tant qu'il y aura cette barrière liée aux règles sanitaires, ça restera un tabou et une difficulté. Peut-être que le masque va progressivement disparaître et que l'on pourra de nouveau serrer la main du client…

Comment se déroule la reprise pour vous ?

Les établissements ont tous rouvert et connaissent un taux d'occupation croissant, mais de manière très légère. Nous accueillons à nouveaux des hommes d'affaires en déplacement; ce sont tout de même des hôtels quatre étoiles. Nous constatons globalement une reprise du “monde corporate”. Cette activité, essentielle par rapport au tourisme traditionnel, nous assure à nouveau, disons, un minimum d'activité. Le remplissage varie donc selon les destinations. A Cannes, l'activité redémarre un peu mieux qu'ailleurs. A Bayonne, le taux d'occupation est encourageant; 17 chambres sont occupées contre 40 ou 50 habituellement, cela reste timide, mais nous voyons bien que les relations avec l'Espagne posent problème (la frontière devrait rouvrir le 1er juillet). En Savoie, le redémarrage est timide, eu égard à la fermeture de la frontière suisse et à la clientèle plutôt familiale (un trois-étoiles). Nous sentons bien que les vacances n'ont pas démarré pour les Français.

En Île-de-France, nos espérances sont tournées vers la mi-juin, une période qui semble d'ailleurs convenir aux autorités sanitaires. Nous étions absolument opposés à la mesure des 100 km, qui n'a rien apporté.

Vous avez mis en place certaines mesures spécifiques dans vos établissements ?

La mesure la plus importante concerne les chambres libérées. A chaque “blanc”, nous reprenons la chambre intégralement pour que le client entre dans une pièce, j'allais dire, aseptisée. Nous passons des lingettes sur le téléphone, les interrupteurs, etc. Nous avons accentué et priorisé le nettoyage des surfaces de contact pour assurer une protection maximale.

Comment avez-vous réagi au classement de l'Île-de-France en orange ?

Le gros problème c'est que l'on ne comprend pas pourquoi il y a eu un traitement spécial, alors qu'il n'y a pas d'incidents particuliers à craindre à Paris ou en Seine-et-Marne. Il n'y en a pas eu à déplorer. Cette séparation de l'Île-de-France du reste du pays me paraît exagérée. La règle de l'exploitation limitée aux terrasses a empêché l'ouverture de nombreux restaurants parisiens. Cela n'a rien résolu. Certains perdent jusqu'à 60 % de leur capacité d'accueil du fait des règles de distanciation, ou ne peuvent tout simplement pas ouvrir en raison des intempéries.

L'attractivité de la Seine-et-Marne rurale semble s'accroître ?

Pour un grand département comme le nôtre, cette faculté de pouvoir rester chez soi trois ou quatre jours par semaine et de pouvoir travailler sereinement de Moret-sur-Loing, en passant par Montereau-Fault-Yonne, ou ailleurs dans le département grâce aux outils numériques, tels que la visioconférence, offre effectivement de nouvelles opportunités pour reconstruire la vie à la campagne.

Le slow tourisme montant en puissance, allez-vous en tirer profit ?

De manière générale, tout ce qui apporte de nouveaux clients pour quelque forme d'hébergement que ce soit est un plus pour une destination. Plus cette dernière est visitée, plus on en parle, et plus elle attire du monde. Je suis optimiste sur ce point.

Quel est, plus généralement, votre sentiment quant à la période qui s'ouvre ?

Ne parlons pas de résilience. Retrouver le niveau d'activité d'avant le confinement ne me paraît pas envisageable pour le moment. L'activité va retrouver un certain niveau, jusqu'en 2021; période charnière pour un bon nombre d'établissements, notamment pour ceux qui dépendent de la clientèle étrangère.

Nous allons d'abord traverser une période de “convalescence“. Nos entreprises ont été véritablement choquées, blessées, et nous devons les remettre en état. En tant que juge au tribunal de commerce, je suis très vigilent. Beaucoup d'entrepreneurs ont besoin d'être soutenus, notamment via la cellule Apesa (Association d'aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aigüe, N.D.L.R.) qui leur vient en aide. Je compte utiliser tous nos moyens pour sauver nos jeunes et nos moins jeunes entrepreneurs de la restauration, qui sont très sensibles et fragiles. Ils auront besoin de cette convalescence et donc le redémarrage sera très progressif. On le sent déjà, il n'y a pas un engouement à la consommation, même dans les autres secteurs d'activité. Les Français ont le réflexe de mettre de l'argent de côté en période de crise.

De mon côté, je vais privilégier les courts séjours, les produits de proximité, qui seront aussi l'occasion de mettre en avant la réduction des émissions carbone. Mais l'appel du large pourra revenir à tout moment. Paris est la ville la plus visitée et restera une ville phare au niveau mondial. Ses atouts sont majeurs et donc je pense que notre destination, de manière générale, sera toujours désirée par la clientèle internationale.

La prolongation des aides dédiées au secteur touristique sera suffisante, selon vous ?

Cela devra être décidé au plus proche des besoins, par les différents acteurs concernés. Dès que nous aurons balayé le pessimisme ambiant, que la joie sera revenue, que nous pourrons par exemple assister à des spectacles sans avoir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, nous pourrons parler de retour à la normale. Parce que tout cela fait partie de la vie et de la culture française et je sais que notre ministre de la Culture, Franck Riester, par ailleurs Seine-et-Marnais, est très attaché à la reprise notamment des spectacles. Il est plein d'enthousiasme et va certainement participer activement à cette reprise heureuse.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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