« Avant de bénéficier du choc de simplification, nos adhérents affrontent le choc de transformation»

le - - Actualité - Grand témoin

« Avant de bénéficier du choc de simplification, nos adhérents affrontent le choc de transformation»
© DR

Stéphane Sajoux est le président de la CPME 77. Son arrivée, fin 2017, a affermi les positions de l'organisation patronale sur le territoire.

Implanté à Pontault-Combault depuis 2009, il préside actuellement le Groupe Geceha qui regroupe sept sociétés spécialisées dans le secteur du génie climatique et de l'énergie. Côté conjoncture, il confirme la reprise de l'activité des PME-PMI et TPE du département, pointant néanmoins deux facteurs de risques : la fragilité des trésoreries des entreprises et le défi du numérique.

Quel est votre parcours au sein des organisations professionnelles ?

J'ai commencé par intégrer la Fédération française du bâtiment. En tant qu'administrateur de la FFB Île-de-France Est. Je suis devenu membre du conseil d'administration de la CPME 77, délégué par la FFB. Je reste par ailleurs président du groupe “Performance énergétique” au niveau national. Je suis aujourd'hui président engagé et motivé de la CPME Seine-et-Marne depuis octobre 2017, en prenant la succession de Patrick Renault, parvenu au terme de son mandat.

Pouvez-vous présenter la CPME 77 ?

Aujourd'hui, la CPME 77 est forte de quelque 350 adhérents « engagés et concernés » ; des PME – majoritairement de 10 à 50 salariés –, métiers de bouche, artisans et de nombreux travailleurs indépendants. Le tertiaire – immobilier, prestation de services – est le secteur le plus représenté actuellement. Côté répartition, 60 à 70 % de nos adhérents sont présents sur les grands pôles d'activité et à l'ouest du département.

Quel bilan économique tirez-vous de 2017 et du premier semestre 2018 ?

L'activité a repris d'une façon assez importante pour la plupart de nos entreprises, avec néanmoins des facteurs de risques pour les entrepreneurs, liés notamment à la fragilité de leur trésorerie. Parfois, les reprises sont ainsi plus dangereuses que les crises, avec des engagements financiers conséquents et une trésorerie exsangue. Le deuxième facteur de risque identifié est celui du numérique, sur l'ensemble des secteurs d'activité.

En matière de nouvelles technologies de la communication, des acteurs arrivent d'autres mondes que le nôtre, avec d'autres moyens, « canibalisant » potentiellement l'activité économique. Lors de mes échanges avec le directeur départemental de la Banque de France, Jean-Benoît Dubois, nous sommes engagés à nous rapprocher de ses services afin de dialoguer, de communiquer des éléments qualitatifs concernant nos activités dans l'objectif de maîtriser nos notations bancaires.

Par ailleurs, avec l'instauration du RGPD sur la sécurisation des données, nous éprouvons la capacité de nos TPE-PME à commercialiser leurs produits et leurs prestations en faisant appel au numérique et à internet. C'est le deuxième risque avec celui de l'uberisation des services sur le champ du numérique. Quant au premier semestre 2018, il est dans la continuité des bons résultats enregistrés en 2017, avec les mêmes risques, trésorerie et numérique.

Quelles sont les actions menées par la CPME 77 auprès de ses adhérents ?

Les actions récurrentes de la CPME sont essentiellement proches du terrain et de l'économie réelle du territoire, à travers les trois missions constituant notre ADN : informer, protéger et accompagner. Sous mon impulsion, nous redéployons ces missions de manière un peu différente.


Notre première action vise à consolider tous les mandats paritaires, dans les tribunaux prud'homaux – Meaux, Melun et Fontainebleau –, à la Caf, à la CPAM, à l'Urssaf, à la Direccte... afin que nos entreprises adhérentes soient représentées par des mandataires a même de défendre leurs intérêts. La nomination de ces nouveaux mandataires, à travers la problématique engendrée par la dynamique de la politique gouvernementale, devrait faire bouger les lignes, notamment en matière de parité femmehomme.

Dans le passé, nous avions des représentants qui ne répondaient plus forcément aux nouveaux critères d'éligibilité. Aujourd'hui ils doivent être pleinement opérationnels dans leur entreprise. Au sein de la CPME 77, un collaborateur est spécialement chargé de resserrer les liens entre ces mandataires et nos adhérents, en créant des espaces d'échanges pour anticiper les problèmes que peuvent rencontrer les entrepreneurs. Nous voulons, par ailleurs, développer la formation de ces mandataires. Certains mandats sont très techniques et exigent une réelle expertise. Nous créons également un réseau de suppléants, pour alléger la charge des mandataires en poste et préparer leur suite, afin d'honorer les mandats de façon pérenne.

Quelles sont vos relations avec les autres organisations patronales ?

Je suis par nature à la fois rassembleur et collaboratif. Ma candidature a reçu le soutien du Medef, de la FFB et du Gim – Groupement des industries métallurgiques. Tout le monde m'a tendu la main pour que nous puissions avancer ensemble de la façon la plus pertinente pour l'intérêt des entrepreneurs. Des échanges se sont consolidés pour permettre à la CPME d'affermir sa représentativité sur le territoire. En Seine-et-Marne, nous avons instauré un dialogue permanent entre les organisations patronales et la Chambre de commerce et d'industrie qui renforce une dynamique interpro.

Vous abordiez précédemment le problème de financement des TPE-PME. Comment intervient la CPME 77 sur ce dossier ?

Cette problématique financière est évidemment essentielle. La CMPE nationale diffuse de l'information et, dans les territoires, ses experts vont en entreprises dispenser de la formation. Nous accompagnons également les chefs d'entreprise directement. Durant le second semestre, la CPME 77 va aussi approcher les banques pour recréer des liens un peu plus intelligibles et améliorer nos relations. Nous organisons par ailleurs un certain nombre d'événements, comme le dîner mensuel des adhérents, un moment de convivialité et de partage qui est dans l'ADN de la CPME 77.

Nous invitons généralement un institutionnel qui fait l'état des lieux de son domaine d'activité. Michel Raby, l'ex-directeur du RSI du département est ainsi venu présenter la transition du RSI au SSI, avec la prise en charge par l'Urssaf des différentes prestations. Les représentants de la Banque de France prendront prochainement le relais, notamment pour parler de ces cotations bancaires des entreprises dont je faisais allusion précédemment. Une députée récemment élue en Seine-et-Marne sera invitée à présenter la vision du Gouvernement.

Le numérique impacte de plus en plus les entreprises...

Je prenais précédemment l'exemple d'Uber. Son activité n'est pas de transporter des gens, pourtant, sa plateforme est devenue prescriptrice dans le secteur du transport de personnes. Si nous transposons à l'immobilier ou au commerce de proximité, nous sommes tous en danger. Par ailleurs, nous entrons dans une nouvelle ère de contraintes avec le prélèvement à la source. Nos entreprises doivent être fortement numérisées pour répondre aux problématiques de dématérialisation et de transmission d'informations aux organismes sociaux. Ces deux éléments engagent une réflexion stratégique pour chacune de nos entreprises.

D'un autre côté, une PME peut parfaitement s'émanciper à travers une plateforme ou un site internet. C'est une nouvelle façon de gérer le développement, c'est un gisement. Les entreprises qui ne se positionnent pas actuellement sur leur marché qu'il soit communal, départemental, régional, national ou international, courent le risque majeur de se faire phagocyter par des acteurs plus puissants. Avec la FFB 77 et la Banque de France, nous projetons de travailler à un état des lieux de la numérisation des entreprises seine-et-marnaises.

Comment jugez-vous les premières mesures gouvernementales ?

La politique gouvernementale vis-à-vis des TPE-PME est plutôt bien orientée. Un certain nombre de risques, notamment en matière prud'homale ou de réglementation du travail, ont été encadrés. Ces mesures apportent de la flexibilité et de la souplesse dont les entreprises ont aujourd'hui besoin pour se développer sereinement avec de la visibilité. Néanmoins, avant de bénéficier du choc de simplification, nos entreprises affrontent le choc de transformation. Celles qui vont passer ce cap auront des outils et un fonctionnement qui devraient permettre le retour des marges et des possibilités de développement par l'investissement.




Jean-Paul VIART
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Le Moniteur de Seine-et-Marne Journal d'information et d'annonces légales de Seine-et-Marne

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide