Jean-Robert Jacquemard : « la CCI Seine-et-Marne est en danger ! »

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Jean-Robert Jacquemard : « la CCI Seine-et-Marne est en danger ! »
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Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Seine-et-Marne ne décolère pas. Le Projet de Loi de Finances 2018, présenté dernièrement au Sénat, prévoit une nouvelle réduction de la taxe affectée au réseau national des Chambres. La Seine-et-Marne ne devrait pas être épargnée par ces mesures de restriction. Cette baisse de budget de plusieurs millions d'euros laisse Jean-Robert Jacquemard et les élus de la Chambre dans un sérieux embarras. En l'état, ils ne pourraient sans doute pas éviter de nouvelles suppressions de postes.

Quelle est votre réaction à l'annonce de la réduction de ressources au réseau national des Chambres de commerce et d'industrie ?

En deux ou trois ans, le Gouvernement a réduit de 50 % nos ressources fiscales. Pourquoi ne pas nous en prendre 100 % ? Nous disparaîtrions et le problème serait réglé. Je trouve que c'est une erreur monumentale ! Le Gouvernement précédent nous en avait pris 30 % ; celui d'Edouard Philippe ponctionne à nouveau 17 %. Lors de la première coupe, la CCI d'Île-de-France avait dû supprimer 1 000 postes sur 4 000, ce qui est énorme. En Seine-et-Marne, nous avons perdu 10 % de nos effectifs, sachant que nous avions déjà opéré notre révolution lors de la fusion des CCI de Meaux et de Melun.

Aujourd'hui, nous sommes à l'os. Si le Gouvernement maintient sa décision, ce sont plus d'une dizaine de nos postes qui se trouvent de nouveau en jeu. Paradoxalement, dans le même temps, l'Etat nous demande d'entreprendre des actions supplémentaires. Nous devons en effet être les relais des décisions gouvernementales concernant les entreprises. Nous ne pourrons plus le faire sans en avoir les moyens.

J'ai été réélu pour cinq ans et certainement pas pour licencier des collaborateurs qui se dévouent depuis 20 ans pour les entreprises seine-et-marnaises.

Je suis très en colère, car cette coupe de plusieurs millions d'euros à notre budget ne se justifie pas. Ce ne sont pas ces 150 millions d'économies au niveau national qui vont compenser les 40 milliards d'économies que cherche à faire le Gouvernement. Bien au contraire : cette mesure va totalement déséquilibrer nos actions vis-à-vis des entreprises, de leurs salariés et des jeunes. Notre activité « Formation », qui représente 50 % de notre budget et de nos effectifs, va clairement en pâtir.

Le “halte au hold-up” de l'an dernier avait conduit le Gouvernement de Manuel Valls à changer de stratégie. Pensez-vous que celui d'Edouard Philippe va suivre cette voie ?

Oui, l'année dernière, le Gouvernement de Manuel Valls avait fait machine arrière. Aujourd'hui, ce sont de nouveaux élus qui sont au pouvoir… mais les services, sont restés les mêmes. Nous sommes donc confrontés à une alternative, qui pourrait être de licencier des collaborateurs de la Chambre et d'arrêter des services de formation. Nous formons des jeunes du CAP à BAC+5. Nous assurons aussi de la formation professionnelle pour des adultes. Il faut savoir que cette action de formation continue, pourtant payante, ne rapporte pas d'argent à la Chambre. Nous sommes à l'équilibre en termes financiers.


Si nous sommes contraints de licencier les professeurs qui assurent des formations professionnelles, il est possible que nous les arrêtions purement et simplement. C'est l'un des axes sur lequel nous travaillons. Le préfet de la région Île-de-France est notre autorité de tutelle. Nous allons lui demander ce que nous devons faire.

Et l'apprentissage ?

L'apprentissage représente 40 % de notre budget, c'est-à-dire 14 millions d'euros. Nous ne souhaitons pas laisser nos 1 700 jeunes sur le carreau, alors même que notre convention avec la Région nous engage, dans les cinq ans qui viennent, à contribuer à l'augmentation du nombre d'apprentis en Île-de-France, en formant 500 jeunes de plus dans notre CFA UTEC.

Quel message souhaitez-vous faire passer au Gouvernement ?

Nous avons l'impression que nos politiques ne savent pas réellement à quoi sert et comment fonctionne une Chambre de commerce et d'industrie. Peut-être n'avons-nous pas su leur faire passer l'information ? Nous payons aujourd'hui, au niveau de l'ensemble du réseau, ce manque de communication endémique. Les chefs d'entreprise sont des gens relativement discrets qui gèrent bénévolement les CCI, bien d'ailleurs, mais sans le dire assez fort. A chaque fois que nous expliquons notre rôle à un politique, il est étonné.

Certains députés de Seine-et-Marne ont ainsi été surpris que nous prenions en charge de la formation, croyant que c'était là exclusivement le rôle de l'Education nationale. Lorsque nous assurons des missions d'appui pour les entreprises ou des actions d'information auprès des commerçants, les politiques l'ignorent. Parce que les précédents ne connaissaient déjà pas très bien notre rôle et nos actions, nous avons commencé à sensibiliser les nouveaux élus seine-et-marnais à la réalité de nos missions.
Les élus consulaires sont des gens passionnés qui sont eux-mêmes chefs d'entreprise et qui adorent aider les autres entreprises. De leur côté, les salariés permanents à la CCI travaillent comme des fous, mais personne ne le sait !

Quelle va être votre action d'ici le vote de la Loi de Finances ?

Notre mission est de parvenir à faire comprendre au Gouvernement que nous sommes utiles, que nous pouvons aussi l'aider, et qu'il ne faut pas nous couper les ailes. Depuis les élections, nous avons décidé de rencontrer tous les députés du département. Parmi les nouveaux, certains sont demandeurs et à l'écoute, tandis que d'autres sont beaucoup moins réceptifs. Nous avons fait le même travail avec nos sénateurs. Nous trouvons-là une oreille attentive et proche du terrain.

Concernant la Loi de Finances, un certain nombre d'amendements ont été déposés, émanant notamment de notre tête de réseau CCI France, et demandant un étalement de la ponction de 150 millions d'euros sur cinq ans. La position de la CCI Paris Île-de-France est plus proche de l'annulation pure et simple de cette ponction. Un autre amendement propose un prélèvement de 150 millions d'euros, en une seule fois, et une fois pour toutes, pendant toute la durée de la mandature. Les CCI le prendraient en charge sur leur trésorerie.
Voilà les différentes propositions que nous essayons de faire passer par voie d'amendements. Dans cette affaire, nous avons surtout besoin de visibilité. Si nous savons où nous allons, nous trouverons des solutions. Le pire, pour un chef d'entreprise, c'est l'incertitude !


On peut également défendre l'idée que les Chambres sont des organismes modernes qui sont des traits d'union entre le public et le privé. Dans des marchés qui se dérégulent, les chefs d'entreprise sont capables de gérer des questions d'intérêt général. Un autre élément de modernité, c'est la proximité. Aujourd'hui, plus on centralise, plus on mutualise pour réaliser des économies, et plus les problèmes se posent pour les populations, là où elles habitent, et les entreprises, là où elles sont installées. Comment les choses vont-elles aller sur le terrain ? Il se trouve que les réseaux consulaires sont historiquement décentralisés dans chaque bassin économique. Fondamentalement, ce sont des outils de proximité. Pourquoi vouloir les casser ? Nous sommes de formidables relais !

Êtes-vous, par ailleurs, pour le projet de fusion entre les CCI et les Chambres de métiers ?

Vu de l'extérieur, on peut penser que les CCI et les Chambres de Métiers et de l'Artisanat (CMA) font la même chose. En fait, nous sommes très différents, notamment culturellement, mais nous sommes très complémentaires. En Seine-et-Marne, nous comptons parmi les rares départements français qui ont déjà opéré des rapprochements entre la CCI et la CMA, avec des actions conjointes et des éléments d'informations communs. Comme Elisabeth Détry, la présidente de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de Seine-et-Marne, je pense qu'on est très proche sur certains aspects de la formation, notamment pour les métiers de bouche.
Nous pouvons également avoir des locaux communs... En revanche, la fusion de nos réseaux est une chose beaucoup plus complexe.

Pouvez-vous nous parler du travail qui est fait en commun avec les autres Chambres consulaires sur le Livre blanc du Département ?

Nous avons rassemblé nos analyses et nos visions pour le développement économique du département. Nous avons présenté notre contribution commune le 23 novembre dernier, au Département, avec celle du Comité de liaison économique, le CLE77, qui rassemble toutes les branches patronales. Le Département va intégrer notre travail dans un document final.

Quels sont les axes forts de votre contribution ?

L'élection de Jean-Jacques Barbaux à la tête du Conseil Départemental, début 2015, a coïncidé avec le renforcement de notre interconsularité 77 (CCI, CMA et Chambre d'Agriculture) et la production, sous l'identité commune “Seine-et-Marne ACC'tive” des deux premiers numéros d'une lettre d'informations éponyme à travers la vision, les enjeux et le développement à moyen terme de notre territoire, vus par les trois Chambres consulaires. Notre contribution au Livre blanc du Département reprend ainsi une partie des éléments que nous avions communiqués dans ces publications. Nous précisons qu'il y a de grandes choses à entreprendre dans ce département, avec les filières déjà existantes ou d'autres qui pourraient être développées.

La Seine-et-Marne est, par ailleurs, une partie de l'ensemble régional. Comment notre département peut-il participer à l'essor économique de l'Île-de-France ? En gardant à l'esprit que les Seine-et-Marnais doivent pouvoir travailler là où ils vivent. Nous ne sommes pas positionnés sur les mêmes secteurs économiques que les autres départements de la région. La Seine-et-Marne représente la moitié de la surface agricole utile d'Île-de-France. Il y a des tas d'idées à creuser, comme, par exemple, associer la cantine des écoles aux circuits courts.

La Maison de l'entreprise innovante de Champs-sur-Marne va ouvrir ses portes prochainement. Pouvez-vous nous la présenter ?

Elle concrétise le rassemblement de l'hôtel d'activité, de l'incubateur et de la pépinière. Notre pépinière actuelle, créée par la Chambre à Champs-sur-Marne il y a 30 ans, est un beau succès. L'incubateur est, quant à lui, l'œuvre de l'Agglomération Paris – Vallée de la Marne. Ensemble, nous avons créé cette Maison de l'entreprise innovante avec une Pépinière et un Incubateur. C'est une structure ultra moderne qui hébergera environ 80 entreprises au cœur de la Cité Descartes, à Champs-sur-Marne, livrant des conditions exceptionnelles de travail. L'Agglomération et la Chambre vont y gérer leurs propres espaces. C'est ainsi une petite centaine d'entreprises, à tous les stades de développement, qui vont pouvoir y cohabiter.

Avez-vous d'autres axes de travail pendant votre mandature ?

Oui, une série d'axes de mandature ont été clairement identifiés. Pour représenter les entreprises, il faut les connaître. Le premier axe fondamental est donc la connaissance de nos entreprises et de nos territoires. A l'époque du brassage de données numérisées, les CCI restent quasiment les seules à avoir la capacité de donner des informations pointues sur le tissu économique d'un territoire. Le deuxième axe est notre capacité d'orientation et de formation. Le troisième est l'accompagnement des entreprises et celui, un peu nouveau, du développement économique sur les projets de territoires.

Notre préoccupation centrale restant l'entreprise, notre interlocuteur, dans cette démarche, est la collectivité territoriale qui a intérêt à ce que son économie fonctionne. Pour ce faire, nous essayons de structurer une nouvelle offre de services d'ingénierie territoriale. Le dernier axe est plus interne et concerne la mobilisation de nos équipes d'élus et de permanents. Notre stratégie, aussi bonne soit-elle, doit être portée pour être efficace. Il faut donc que nos élus et nos permanents en soient à présent les ambassadeurs.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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