Dirigeantes actives : le business au féminin

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Dirigeantes actives : le business au féminin

« Fédérer en toute convivialité sur fond de business ». Telle est la devise de l'association Dirigeantes actives (DA), qui regroupe depuis janvier 2011 des femmes chefs d'entreprise, mais aussi porteuses de projets, dans des domaines aussi variés que l'événementiel, la communication, le bâtiment, l'informatique, le service à la personne ou encore le bien-être. Echanger, partager, promouvoir le goût d'entreprendre et la place des femmes dans la société font partie intégrante de l'ADN de Dirigeantes actives. Frédérique Humbert, présidente d'honneur, Valérie Gau, vice-présidente Nord, Véronique Chassain, vice-présidente Sud, et Christine Tournaire, trésorière, nous présentent cette association atypique.

Quelle a été la genèse de votre association ?

Valérie Gau : Frédéric Humbert, notre cofondatrice, en est l'initiatrice. Dès 2010, elle s'est aperçue que les réseaux de femmes étaient rares, à la différence des réseaux mixtes de chefs d'entreprise. L'écoute est l'une des raisons qui a présidé à la création de ce réseau. Les femmes, entre elles, communiquent différemment.

Frédérique Humbert : Le point de départ, c'est une demande que j'ai reçue m'invitant à faire témoigner des femmes chefs d'entreprise devant des lycéens monterelais. J'ai accepté, et nous nous sommes retrouvées à échanger ensemble avec ces élèves. Nous avons pris conscience, à cette occasion, que nous avions beaucoup de choses à nous dire, et nous avons donc décidé de nous réunir à nouveau le mois suivant. Lors de ces premières réunions, nous sommes assez vite passées de cinq à 20, puis 50 participantes. La nécessité de créer une structure s'est donc imposée, afin que notre groupe soit reconnu au niveau de la Seine-et-Marne et de ses institutionnels notamment. Nous avons donc donné naissance à Dirigeantes actives en janvier 2011, et nous n'avons cessé de grandir depuis.

L'objectif était de mettre les femmes en contact les unes avec les autres pour nous entraider, partager notre expérience et éventuellement faire du business. Nous sommes aussi là pour cela. Ce qui est formidable chez Dirigeantes actives, c'est qu'il est possible de porter des projets, de formuler des idées. Ces idées sont toujours suivies par quelques-unes de nos membres qui les portent avec celles qui les ont initiées, avec un bonheur toujours renouvelé.

Avez-vous tiré votre inspiration d'un réseau existant ?

Frédérique Humbert : Non, au contraire, nous en avons pris le contre-pied.

Il n'y avait pas de réseaux féminins ailleurs en France ?

Frédérique Humbert : Si, bien sûr, mais nous n'avions pas besoin de cela pour créer le nôtre. En Seine-et-Marne, il n'y avait pas de réseaux de femmes, et nous étions en minorité dans les réseaux mixtes. Ces derniers comportent seulement 30 % de femmes et leur fonctionnement n'est pas tout à fait le même que le nôtre. Nous voulions partager nos inspirations communes, et produire quelque chose de différent de ce qui se fait avec les hommes. Ceci dit, nous aimons toujours travailler avec eux, il n'y a pas de problème !

Pourriez-vous nous parler de l'association en elle-même ?

Valérie Gau : Dirigeantes actives est constituée d'adhérentes venues de différents horizons, il y a des avocates, des coaches, des directrices commerciales, des chefs de publicité, bientôt une sage-femme. Nous sommes une centaine d'adhérentes. Nous organisons essentiellement des rencontres autour de cafés, afterwork et déjeuners centraux. Dans un souci d'organisation nous avons scindé la Seine-et-Marne en deux, j'en suis la vice-présidente Nord et Véronique Chassain la vice-présidente Sud. À chacun de nos événements, il y a une thématique. Un des derniers cafés était animé par Philippe Rossignol, directeur de la pépinière de Champs-sur-Marne, sur les aides aux créateurs d'entreprise. En revanche, lors des déjeuners, les débats sont plus libres.

Ce à quoi il faut ajouter d'autres événements d'envergure, comme l'organisation du Salon Business Women, « Hôte fonction », le prix Dirigeantes actives ou la formation Femmes leaders, osons entreprendre (FLOE).

Votre projet « Hôte fonction » vous a donc assuré une bonne implantation auprès des institutionnels ?

Valérie Gau : Oui, tout à fait, Frédérique Humbert a mené ce projet, qui est une sorte « de vis ma vie », où un élu partage un moment avec un chef d'entreprise. L'événement a été très apprécié parce qu'il permet à deux univers de se rencontrer, et d'échanger. Le but était de faire remonter des problématiques, avec l'idée que l'élu fasse avancer les choses. Si l'édile réalise que le chef d'entreprise croule sous la paperasse, il va essayer avec ses petits bras de faire avancer les choses, de simplifier ce qui peut l'être au niveau administratif. Il y a deux ans notre parrain pour « Hôte fonction » était le président du Conseil départemental, Jean-Jacques Barbaux. Cette année nous avons Jacques Drouhin, président des maires ruraux, Valérie Lacroute, député maire de Nemours, et Line Magne, maire de Moissy-Cramayel.

Christiane Tournaire : Ces événements sont aussi l'occasion de nous rapprocher d'autres structures, comme le CIDFF 77 (Centre d'information droits des femmes et des familles), la Chambre des métiers et de l'artisanat, ou l'association femmes BTP 77. Cela facilite les échanges entre réseaux féminins, chefs d'entreprise, de façon à devenir, en quelque sorte, une toile d'araignée du territoire seine-et-marnais.

Frédérique Humbert : En effet, nous sommes créatrices de lien en interne mais aussi en externe. Nous aimons mettre les individus en lien, que ce soit avec nous ou entre nous.

Quelles sont vos relations avec les autres réseaux d'entrepreneurs ?

Valérie Gau : Elles sont très bonnes, d'autant que nous avons des membres qui appartiennent à certains d'entre eux, comme Christine Tournaire, qui fait partie de FCE (Femmes chefs d'entreprise).

Christine Tournaire : mon association de cœur est Dirigeantes actives, mais pour d'autres besoins liés à mon activité professionnelle, j'adhère à d'autres réseaux.

Qu'est ce que l'entreprenariat au féminin ?

Valérie Gau : J'œuvre personnellement dans un domaine pas très féminin : le bâtiment. Je dois toujours faire ma place pour entreprendre, c'est-à-dire être plus – c'est affreux à dire – crédible qu'un homme, car c'est un milieu très machiste, « brut de décoffrage », avec des traditions très ancrées. Entreprendre au féminin dans ce milieu-là, c'est un challenge, en essayant d'apporter sa touche féminine à l'entreprise.

Christiane Tournaire : Quand je suis arrivée chez Dirigeantes actives, j'étais directrice générale d'une PME dans l'industrie automobile, d'un groupe financier américain. J'étais la seule directrice générale des trente filiales dans le monde. En venant adhérer à ce réseau, je n'ai pas créé de business directement, mais cette respiration me permettait de reprendre confiance en moi, dans ma posture de femme professionnelle qui était régulièrement chahutée au quotidien. Donc DA était pour moi à la fois une pause nécessaire, une façon de me conforter, et de me rappeler que je suis légitime à ma place et compétente. Je venais reprendre un peu de force et d'énergie dans ce réseau.

Véronique Chassain : Je suis rentrée chez DA en 2012, lorsque j'ai créé ma structure après plusieurs années de salariat. J'étais habituée à travailler dans de grosses entreprises, et me retrouver le matin toute seule à travailler chez moi n'a pas été facile. Je trouvais également qu'il était important pour moi de sortir, de rencontrer d'autres femmes vivant la même chose et de partager, d'échanger.

Pourriez-vous revenir sur vos événements à succès ?

Frédérique Humbert : Nous avons notamment créé la formation FLOE, dont l'objectif a été de permettre à des femmes, déjà lancées, ou en création, de pouvoir se former sur le leadership, ou encore la confiance soi.

Christine Tournaire : En 2012 nous sommes parties de rien. Nous avons élaboré, créé de toutes pièces un programme de formation de trois jours et demi, touchant au leadership, aux outils de négociation, ou encore à la gestion du temps, mais aussi à la présentation de son activité ou la définition d'un argumentaire commercial. Nous avons élaboré le programme, co-animé des sessions de 12 personnes et au total nous avons formé 60 Seine-et-Marnaises chefs d'entreprise ou porteuses de projets. Cette initiative financée par le FSE (Fonds social européen), a été un énorme succès. Nous avons des projets qui reviennent comme « Hôte fonction » ou le salon de la business woman par exemple ; mais aussi des projets qui sont nés d'une envie ou de la naissance d'une équipe. C'est aussi ce qui fait la particularité de DA, le rassemblement de nos forces vives, afin de créer des synergies et organiser des événements importants, compte tenu de la taille de notre association.

Que diriez-vous à une femme qui veut se lancer dans l'entrepreneuriat ?

Valérie Gau : Il faut être passionnée, croire en son projet, ne pas se décourager, se donner des objectifs. Cela dépend du caractère de chacun, mais il peut être utile de fixer des échéances réalisables, et il ne faut ne pas vouloir brûler les étapes. Il faut agir avec passion, courage, tout en acceptant la possibilité d'un échec, en se rappelant qu'il est toujours possible de rebondir. Enfin, ne pas hésiter à adhérer à ce genre d'associations de femmes chefs d'entreprise, il y a toujours une écoute bienveillante, et les porteuses de projet peuvent s'inspirer de l'expérience de femmes déjà créatrices d'entreprise.

Christine Tournaire : Une fois que les indicateurs de la création d'activité paraissent viables, il faut agir avec dynamisme et ne pas rester dans son coin, toujours chercher à se faire connaître.

Valérie Gau : Nous allons d'ailleurs offrir un an de cotisation à une porteuse de projet, suite à un don que nous avons reçu. Une étudiante en master de marketing a organisé un défilé de mode, qui a généré des bénéfices. Elle a eu envie d'en faire don à des femmes chefs d'entreprise et s'est adressée à Dirigeantes actives. La porteuse de projet sera tirée au sort, et recevra une année d'adhésion à l'association.

Quels sont pour vous les challenges à venir ?

Véronique Chassain : Depuis quelques années maintenant, nous avons une parité au Département, ce qui est une bonne chose, de même que dans les ministères ou dans l'administration de manière générale. Finalement, d'être une femme dans certains métiers, aujourd'hui cela peut être une chance, comme Valérie Lacroute, qui bénéficie de ce mouvement de parité.

Sur quoi faut-il encore insister aujourd'hui ?

Valérie Gau : Il reste notamment des efforts à faire au niveau de l'égalité salariale, à poste égal le salaire devrait être le même.

Frédérique Humbert : Il est très important que nous soyons visibles, pour nos filles et celles des autres. Il faut qu'elles sachent que les femmes peuvent entreprendre, qu'elles aient confiance en elles, et en l'avenir. Nous sommes des modèles dans la mesure où nous montrons la voie, en prouvant que ce ne sont pas seulement les hommes qui peuvent devenir chefs d'entreprise. Cet aspect est essentiel s'agissant des jeunes. Je donne de mon côté des cours de création d'entreprise. Je fais témoigner des femmes et il est important, tant pour les garçons que pour les filles, de voir que les femmes ont les mêmes capacités en la matière.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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